ÊTRE FEMME DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE (06/08/2026)
Dans l'Égypte antique, les femmes jouissaient d'une liberté, d'une autonomie et d'une égalité juridique devant la loi remarquables pour l'époque, contrastant fortement avec la Grèce ou Rome. Elles géraient leur propre patrimoine, pouvaient signer des contrats, intenter des procès et divorcer.
La femme égyptienne a toujours eu une place privilégiée dans la société au bord du Nil, et il n’en était pas autrement dans l’Égypte ancienne. Elle est au cœur de la société et de la religion. Pas d’Osiris sans Isis la Magicienne, sa Sœur et Épouse. Habitués à voir confiner leurs femmes au gynécée, les Grecs eurent maille à partir avec la femme égyptienne qui était un être responsable aux yeux de la loi et était considéré juridiquement et socialement comme l’égale de l’homme depuis les plus hautes époques.
Aux côtés de son époux, elle fut depuis toujours le pilier de la famille et son titre de Nebet Per – Maîtresse de la Maison – qu’elle portait en ces temps reculés en était le parfait reflet. Elle gérait la maisonnée et l’éducation des enfants au quotidien, sa vie durant, ce qui n’empêchait pas certaines d’entre elles d’exercer différentes tâches professionnelles ou activités commerciales, d’administrer ses propres biens, voire de briguer différentes fonctions au sein de l’administration ou d’exercer de nombreuses prêtrises.
Certaines d’entre elles s’élèveront même aux plus hautes fonctions étatiques portant le titre de Vizir, tandis que d’autres seraient destinées à gravir les marches du pouvoir et prendre place sur le trône des pharaons telle Meret-Neith, Maâtkarê Hatschepsout ou Nefertiti préfigurant en cela la très célèbre Cléopâtre VII, dernière reine d’Égypte.
La place des femmes dans l'Égypte antique (lors de la période pré-hellénistique) peut paraître surprenante de « modernité » si on la compare à celle qu'elle occupa dans une majorité de sociétés contemporaines et postérieures. Bien qu'hommes et femmes aient traditionnellement des prérogatives bien distinctes dans la société, il semble qu'il n'y ait pas eu de barrière infranchissable en face de celles qui désiraient s'éloigner de ce schéma.
La société égyptienne reconnaît aux femmes, non seulement leur égalité avec les hommes, mais leur indispensable complémentarité qui s'exprime notamment dans l'acte créateur. Ce respect s'exprime clairement dans la morale et la théologie égyptienne, mais il est certes assez difficile de déterminer son degré d'application dans la vie quotidienne des Égyptiens.
Égalité homme-femme en droit en Égypte antique
La femme égyptienne est l'égale de l'homme au regard de la loi (contrairement aux femmes gréco-romaines). C'est ainsi qu'elle peut gérer son propre patrimoine ou même se trouver à la tête d'une « entreprise » (comme la dame Nénofèr au Nouvel Empire) ; elle peut aussi être médecin comme la dame Pésèshèt à la IVe dynastie. Elle peut divorcer, intenter un procès pour récupérer les biens du ménage et gagner ce procès, ce qui ne l'empêche pas de se remarier, ainsi que le montrent les papyrus araméens d'Éléphantine.
En se mariant, la femme égyptienne garde son nom, au plus ajoute-t-on « épouse de X » ; cela est d'autant plus naturel que le mariage semble ne pas se traduire par une manifestation administrative, ni par une manifestation religieuse ; il concrétise souvent la volonté d'un homme et d'une femme de vivre ensemble, ce qui n'empêche pas, et c'est d'ailleurs souvent le cas, l'existence éventuelle d'un contrat de mariage sur le plan matériel. Comme le souligne Christiane Desroches Noblecourt[1] :
« le mariage et éventuellement le divorce sont des événements sanctionnés uniquement dans l'atmosphère familiale par la seule volonté des époux, sans aucune intervention de l'Administration ; les futurs époux prononcent les phrases : « je t'ai faite ma femme », « tu m'as faite ta femme ». »
L'homme doit garantir le bien-être de son épouse, y compris sur le plan matériel. Le scribe Ani (au Nouvel Empire) conseille ainsi le futur époux :
« Si tu es sage, garde ta maison, aime ta femme sans mélange, nourris-la convenablement, habille-la bien. Caresse-la et remplis ses désirs. Ne sois pas brutal, tu obtiendras bien plus d'elle par les égards que par la violence. Si tu la repousses, ton ménage va à vau-l'eau. Ouvre-lui tes bras, appelle-la ; témoigne-lui ton amour. »
Bien sûr les choses ne se déroulent pas toujours de façon idyllique et le divorce existe ; il intervient sur l'initiative de l'un ou de l'autre époux ; si l'initiative émane du mari, il devra céder une partie des biens à son épouse ; si c'est la femme qui prend l'initiative, elle est tenue à la même obligation mais dans une moindre mesure ; le recours au tribunal est possible en cas de contestation entre époux, bien que l'Administration ne soit nullement intervenue dans l'acte de mariage.
Le grand hymne à Isis (Papyrus d'Oxyrhynque, IIe siècle avant notre ère) traduit cette égalité de la femme et de l'homme, s'adressant à la déesse « honneur du sexe féminin » : « c'est toi la maîtresse de la terre [...] tu as rendu le pouvoir des femmes égal à celui des hommes ! ».
Selon Christiane Desroches Noblecourt :
« La femme égyptienne, la mère que l'on respecte avant tout, la femme sujette à une stricte loi morale, mais dotée d'une grande liberté d'expression — sa capacité juridique entière, son étonnante indépendance financière, l'impact de sa personnalité dans la vie familiale et la gestion des biens communs et de ses biens propres. »
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