A Erbray (Loire-Atlantique), découverte d'un village de potiers actif du XIIIe au début du XIXe siècle (07/10/2026)
À Erbray, les fouilles préventives menées aux Landelles ont exhumé les vestiges d’un village de potiers actif du XIIIe au début du XIXe siècle. Fours, fosses d’extraction, habitats, abondants tessons et ratés de cuisson révèlent une production céramique prospère, tandis qu’un dépôt de treize monnaies de Charles VI éclaire le statut de ses artisans.
Réputé depuis le XVIe siècle pour son activité de production potière, le hameau des Landelles à Erbray a fait l’objet d’une fouille archéologique préventive en amont d’un projet de construction mené sur la commune. Les archéologues de l’Inrap ont mis au jour des traces d’habitats des périodes médiévale et moderne et de très abondants restes de céramiques, permettant de documenter une activité potière sur ce site qui remonte au XIIIe siècle et perdure jusqu’au début du XIXe siècle
Un atelier de potier et un habitat du XIIIe-XIVe siècle
Implanté dans une zone géologiquement favorable car riche en altérites argileuses, le village des Landelles s’est spécialisé très tôt dans la production potière. En dépit de quelques indices néolithiques ou protohistoriques, les archéologues ont surtout mis en évidence des vestiges d’un habitat du XIIIe-XIVe siècle associé à une activité potière.
© Crédit photo : Emmanuelle Collado, Inrap
Ils ont ainsi mis au jour des fossés de drainage, un fossé curviligne de fonction indéterminée, quelques trous de poteau, plusieurs fosses d’extraction d’argile ainsi que l’arase d’un pignon de bâtiment, qui suggère la présence d’un habitat. Cet habitat pourrait correspondre aux « vieilles maisons » ou « vieilles murailles » mentionnées dans les aveux (actes juridiques) du XVIe siècle.
Le mobilier céramique de cette période est relativement abondant, avec la prépondérance d’une pâte beige/rose tournée, assez grossière et comprenant des inclusions affleurantes de quartz de grande taille, caractéristiques de la production potière des Landelles à la période médiévale. Le vaisselier se compose de pots, de pichets, d’une possible bouteille, d’une gourde ou tonnelet, de deux tirelires, de plats, de poêles, d’une (probable) lèchefrite, de mortiers, de coupes, d’une tasse, de deux vases réserve et d’un couvercle.
Les archéologues ont aussi trouvé de nombreux fragments de parois de four portant des empreintes de pots ainsi que des tessons avec des traces d’argile cuite. Ces vestiges pourraient provenir d’une voûte de four constituée de pots assemblés, suggérant la présence d’un atelier de potier.
© Crédit photo : Emmanuelle Collado, Inrap
Des « ratés de cuisson » provenant d’une tessonnière de potier du XVe-XVIe siècle
L’occupation du secteur semble connaître un hiatus entre le milieu et la fin du XVe siècle. Le bâtiment est détruit et le terrain sert alors probablement de zone d’extraction, comme l’indiquent de multiples creusements. L’espace est ensuite restructuré pour permettre la construction d’un ensemble de trois bâtiments : les creusements sont comblés, des fossés drainants sont créés, le terrain est remblayé en bonne partie à l’aide de tessons de céramique.
Les recherches archéologiques montrent en particulier que les creusements ont été remblayés de manière massive grâce à la vidange d’une tessonnière de potier datable de la fin du XVe siècle-début du XVIe siècle. De nombreux récipients archéologiquement complets, voire intacts, mais déformés, témoignent d’une surcuisson ou d’une cuisson mal gérée, aboutissant à une production ratée.
Des activités agricoles et artisanales, un dépôt monétaire
Outre la fabrication de poteries, des activités agricoles sont attestées par la présence de quelques outils (houe, serfouette, faucille) ainsi que par les résultats des études carpologique et palynologique : aux Landelles, on cultivait des céréales (avoine, seigle), du sarrasin, des pois, des légumineuses, du chou, de l’oseille-épinard, du pourpier et de la vigne. La découverte de nombreuses scories témoigne par ailleurs d’une activité de forge, favorisée par la présence de gisements de minerai de fer, dans un secteur fortement boisé.
La production potière devait procurer un certain statut aux habitants des Landelles. En témoignent les descriptions fournies par les aveux (maisons dotées de toitures d’ardoises), la présence de déchets osseux de cerf, de chevreuil et de jeunes bovins, caractéristiques d’une alimentation de type élitaire ainsi que la présence d’un dépôt monétaire. Constitué de treize monnaies de haut billon au nom de Charles VI datées de la fin du XIVe siècle, empilées et contenues dans une bourse en tissu, ce « trésor » représente l’équivalent de plusieurs semaines du salaire d’un manouvrier.
Inrap
19:09 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erbry, village de potiers |
|
del.icio.us |
Imprimer |
|
Digg |
Facebook |
