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26/12/2025

Les paysans du Moyen-Âge profitaient sans doute davantage des fêtes de fin d’année que nous

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Oui, les paysans du Moyen-Âge travaillaient dur. Pourtant, lorsqu’arrivait Noël, ils profitaient de périodes de fêtes bien plus longues que celles dont nous disposons aujourd’hui.


Lorsque l’on pense au Moyen Âge en Europe, viennent en tête des images de pauvreté écrasante, de superstition et d’obscurantisme. Pourtant, la réalité de cette période de mille ans, comprise entre 500 et 1500, était bien plus complexe. Et c’est particulièrement vrai lorsqu’on s’intéresse aux paysans, qui représentaient alors environ 90 % de la population.

Malgré leur dur labeur, les paysans disposaient de temps libre. En additionnant les dimanches et les nombreuses fêtes, environ un tiers de l’année était exempt de travail intensif. Les célébrations étaient fréquentes et s’articulaient autour des fêtes religieuses comme Pâques, la Pentecôte et les jours de saints. Mais la plus longue et la plus festive de toutes était Noël.

En tant que professeure d’histoire médiévale, je peux vous assurer que l’idée largement répandue selon laquelle la vie des paysans n’aurait été que misère est fausse. Ils menaient une vie sociale riche – peut-être même plus riche que la nôtre –, mangeaient correctement, faisaient souvent la fête et avaient des familles pas si différentes des nôtres. Pour eux, les célébrations de fin d’année commençaient bien avant Noël et se prolongeaient au-delà du Nouvel An.

La fête ne faisait alors que commencer.

# La vie quotidienne au village

Un paysan n’était pas simplement un pauvre, prisonnier de sa basse condition. Il s’agissait plutôt d’un agriculteur de subsistance qui devait à son seigneur une part de la nourriture qu’il produisait. Il lui fournissait également une partie de sa force de travail, ce qui pouvait inclure la construction de ponts ou la mise en culture des terres du seigneur.

En échange, le seigneur lui offrait une protection contre les bandits ou les envahisseurs. Il rendait aussi la justice par l’intermédiaire d’un tribunal et punissait les vols, les meurtres et autres crimes. En général, le seigneur résidait dans le village ou à ses alentours.

Le paysan, lui, vivait à la campagne, dans des villages dont la taille allait de quelques maisons à plusieurs centaines. Ces villages disposaient de fours banaux, de puits, de moulins à farine, de brasseries ou de tavernes, ainsi que de forgerons. Les maisons étaient regroupées au centre du village, le long d’un chemin de terre, et entourées de terres agricoles.

Selon les critères d’aujourd’hui, une maison paysanne était petite – en Angleterre, la surface moyenne était d’environ 65 mètres carrés. Elle pouvait être construite en tourbe, en bois, en pierre ou en torchis, une technique très proche du lattis-plâtre, avec des toits à poutres recouverts de paille. Les maisons possédaient une porte d’entrée, et certaines avaient même une porte arrière. Les fenêtres étaient couvertes de volets et, rarement, de verre. À part la cheminée, seules la lumière du Soleil, de la Lune, une lampe à huile ou une bougie éclairaient l’intérieur.

# Sexualité sans intimité

La journée était rythmée par les saisons et la lumière du soleil. La plupart des gens se levaient à l’aube, voire un peu avant ; les hommes partaient rapidement aux champs pour cultiver des céréales comme le blé et l’orge. Les femmes travaillaient à la maison et dans la cour, s’occupant des enfants, des animaux et du potager, tout en filant, cousant et cuisinant. Les paysans ne possédaient pas d’horloge, si bien qu’une recette pouvait recommander de cuire un plat pendant le temps nécessaire pour dire trois fois le Notre Père.

Vers midi, les gens faisaient généralement une pause et prenaient leur repas principal – souvent une soupe ou un ragoût. Leur alimentation pouvait inclure de l’agneau et du bœuf, ainsi que du fromage, du chou, des oignons, des poireaux, des navets et des fèves. Le poisson, en particulier le poisson d’eau douce, était également apprécié. Chaque repas comportait du pain.

La bière et le vin faisaient partie intégrante des repas. Selon nos critères, les paysans buvaient beaucoup, bien que le taux d’alcool de la bière et du vin soit inférieur à celui des boissons actuelles. Ils s’octroyaient souvent une sieste avant de retourner aux champs. Le soir, ils prenaient un repas léger, parfois seulement du pain, et passaient un moment à socialiser.

Ils se couchaient quelques heures après la tombée de la nuit, si bien que la durée de leur sommeil dépendait de la saison. En moyenne, ils dormaient environ huit heures, mais pas d’un seul tenant. Ils se réveillaient après un « premier sommeil », priaient, faisaient l’amour ou discutaient avec les voisins pendant une demi-heure à deux heures, puis retournaient se coucher pour environ quatre heures supplémentaires.

Les paysans ignoraient l’intimité telle que nous la concevons ; toute la maisonnée partageait souvent une seule grande pièce. Les parents faisaient l’amour tandis que leurs enfants dormaient à proximité. Les couples mariés partageaient un lit, et l’un de leurs jeunes enfants pouvait dormir avec eux, bien que les nourrissons aient des berceaux. Les enfants plus âgés dormaient souvent à deux par lit.

Un Noël médiéval

La vie n’était certes pas facile. Mais les périodes de repos et de loisirs dont ils bénéficiaient étaient enviables. Aujourd’hui, [aux États-Unis, (NDT)] beaucoup de gens commencent à penser à Noël après Thanksgiving, et l’esprit des fêtes s’éteint généralement dès le début janvier. Au Moyen Âge, cela aurait été impensable.

L’Avent commençait avec la fête de Saint Martin. À l’époque, elle avait lieu 40 jours avant Noël ; aujourd’hui, c’est le quatrième dimanche avant la fête. Pendant cette période, les chrétiens occidentaux respectaient un jeûne ; moins strict que celui du Carême, ils limitaient la consommation de viande et de produits laitiers à certains jours de la semaine. Ces règles symbolisaient non seulement l’absence et le désir, mais elles permettaient aussi de rationner la nourriture après la fin des récoltes et avant que les viandes ne soient complètement salées ou fumées.

Noël lui-même était synonyme de festins et d’ivresse – et durait près de six semaines.

Le 25 décembre était suivi des 12 jours de Noël, qui se terminaient avec l’Épiphanie le 6 janvier, commémorant la visite des Mages à Jésus, Marie et Joseph. On échangeait des cadeaux, souvent sous forme de nourriture ou d’argent, bien que cela se fasse plus couramment le jour de l’An. Les gibiers à plumes, le jambon, les tourtes à la viande et les vins épicés figuraient parmi les mets populaires, les épices étant censées réchauffer le corps.

Bien que Noël célèbre officiellement la naissance de Jésus, il était clairement associé à des fêtes préchrétiennes mettant l’accent sur le solstice d’hiver et le retour de la lumière et de la vie. Ainsi, les feux de joie, les bûches de Noël et les décorations d’arbres faisaient partie des festivités. Selon la tradition, Saint François d’Assise a créé la première crèche en 1223.

[En Angleterre (NDT)] Noël se terminait lentement, le premier lundi après l’Épiphanie étant appelé le « Plough Monday » (« lundi de la charrue ») car il marquait le retour au travail agricole. La fin complète de la saison avait lieu le 2 février – date de la Chandeleur – qui coïncide avec l’ancienne fête païenne d’Imbolc. Ce jour-là, on bénissait les bougies pour l’année à venir, et toute décoration laissée en place risquait, selon la tradition celte, d’être infestée de gobelins.

Aujourd’hui, beaucoup se plaignent du stress des fêtes : achats, trajets, cuisine, ménage et toute une foule d’obligations. Et la fenêtre pour tout accomplir est particulièrement réduite : Noël est le seul jour férié. C’est pourquoi, moi, je rêve d’un Noël médiéval.

Associate Professor, Department of HIstory, University of Dayton

19:55 Publié dans Actualité, Moyen âge, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moyen age, noel | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

10/01/2025

Les bons mots de l'Histoire : «  Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »Rabelais 

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François Rabelais, né à la Devinière à Seuilly, près de Chinon, en 1483 ou en 1494 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553, est un écrivain français humaniste de la Renaissance

Témoignant d'un don prodigieux pour l'invention verbale dans ses romans parodiques Gargantua et Pantagruel, François Rabelais a donné à la langue française ses lettres de noblesse. « Guerre picrocholine  », « moutons de Panurge », « abbaye de Thélème », « Dive Bouteille » et « substantifique moelle » sont autant de traces que les aventures de ses géants ont laissées dans la langue.
Contemporain de François Ier, premier monarque de la Renaissance française, et des premières tensions avec la religion réformée naissante, Rabelais est un écrivain humaniste à la curiosité pétillante. Son rire paillard d'érudit bon vivant résonne encore.

Biographie principale dates repères

- 1519 : il entre au couvent franciscain du Puy-Saint-Martin à Fontenay-le-Comte. - 1521-1524 : il se passionne pour le grec, fréquente un groupe d’humanistes et entretient une correspondance en latin et en grec Il étudie le droit. On lui retire ses livres de grec sur ordre de la Sorbonne - 1528-1530 : au cours de ses nombreux déplacements, il fréquente les universités de Bordeaux, Toulouse, Orléans, Paris où il séjourne et prend l’habit de prêtre séculier. - 1530 : il s’inscrit à la faculté de médecine de Montpellier, où il est reçu bachelier la même année. La médecine englobe alors diverses disciplines : l’anatomie, la physiologie, la physique et l’histoire naturelle. Il est chargé d’un cours et commente dans le texte Hippocrate et Galien. - 1532 : il est nommé médecin de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Il publie Pantagruel. - 1533 : Pantagruel est condamné par la Sorbonne. Sa réputation de médecin lui vaut la protection de l’évêque de Paris, Jean Du Bellay, futur cardinal. - 1534 : de janvier à mai, il accompagne Jean Du Bellay à Rome. À l’automne, il publie Gargantua. - 1535-1536 : 1536 : il passe à Montpellier la licence et le doctorat ; il va alors devenir l’un des premiers médecins du royaume, enseignant et exerçant la médecine à travers la France. - 1545 : il obtient un privilège de François Ier pour imprimer librement ses livres pendant dix ans. - 1547 : mort de François Ier. - 1551 : le cardinal Du Bellay lui fait attribuer la cure de St-Martin de Meudon, dont il peut toucher le bénéfice sans y séjourner complètement. - 1552 : Parution du Quart Livre, immédiatement condamné par le Parlement. - 1553 : mort de Rabelais à Paris.

OEUVRES PRINCIPALES

- Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du Grand Géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier (1532). - La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel (1534). - Le Tiers Livre (1546). - Le Quart Livre (1548-1552). - Le Cinquième Livre, paru en 1564

Sources Larousse et BNF

Diego DIAZNombre de pages : 13220 €
Format(s) : Papier EPUB PDF

rabelais

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20/12/2024

Au Moyen Âge, femme forgeron

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C'est en forgeant qu'on devient... forgeronne ! Eh oui, au Moyen Âge, on rencontre des femmes forgeronnes dans les sources : pas dans la fiction, dans la vraie vie. Des femmes qui travaillent le fer et le feu, fabriquant armes et outils...

Ces forgeronnes sont peu nombreuses. C'est logique. Les sources médiévales s'intéressent le plus souvent aux hommes, aux chefs de famille, et par ailleurs les femmes sont exclues des guildes ou corporations, et donc des sources de ces institutions.

Mais on en croise de temps en temps ! Ainsi de cette "Alice la Haubergière", c'est-à-dire littéralement "la fabricante de hauberts", active dans les années 1300-1310 à Cheapside (Angleterre), ou de "Eustacha l'Armurière", active en 1348.

On a même un cas très rare, en 1346, ou une forgeronne, "Agnès la faiseuse de couteaux", embauche une apprentie 

Le plus souvent, ce sont des filles ou des veuves de forgeron, qui prennent la relève quand le père ou le mari décède. C'est le cas de Johanna Hill, fondeuse de cloches en 1441, qui succède à son mari. Logique : les outils coûtent très cher et il faut acquérir un savoir précis...

Autre exemple : en juin 1346, Katerine, forgeronne à la Tour de Londres, veuve du précédent forgeron, qui reçoit un salaire du roi pour fabriquer armes et flèches, nécessaires en pleine guerre contre la France...

Ces femmes apparaissent généralement en tant que veuves, mais elles étaient déjà actives avant : en 1346, le roi demande à Katerine de "poursuivre son travail". C'est juste que tant qu'il y avait un homme, c'est lui que les sources mentionnaient...

Et Katerine reçoit d'ailleurs un salaire inférieur : 8 pences par jour, alors que son mari en touchait 12 !
Très classique au Moyen Âge : une inégalité salariale qui renvoie à l'infériorité juridique et sociale des femmes...

Et dès qu'il y a un homme, les femmes retournent dans l'ombre : en 1348, Andrew, le fils de Katerine, revient de la guerre, et c'est lui qui devient le forgeron officiel de la Tour. Sa mère n'est plus mentionnée, redevenant invisible après une brève apparition dans les sources...

Il faut donc se méfier des sources qui invisibilisent le travail féminin en général, et en particulier dans certains secteurs clés !

Source Actuel Moyen âge

19:26 Publié dans Moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moyen âge, femme forgeron | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |