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27/06/2017

Essai. Musique au cœur de l’histoire des États-Unis

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Aliocha Wald Lasowski Philosophe - L'Humanité

Les Indiens d’Amérique et leur musique - Frances Densmore - Traduit de l’anglais par Julien Besse, Éditions Allia, 176 pages, 12 euros
Motown Adam White Traduit de l’anglais par Christian Gauffre, Éditions Textuel, 400 pages, 59 euros
Deux ouvrages : l’un soulignant l’importance des chants chez les peuples indiens, l’autre revenant sur l’aventure de Motown Records et de la lutte à Detroit pour les droits civiques.

Les Indiens d’Amérique et leur musique

Frances Densmore

Traduit de l’anglais par Julien Besse, Éditions Allia, 176 pages, 12 euros

Comment mesurer la puissance de la musique ? Jusqu’où un chant de résistance, de révolte ou de liberté, peut-il conduire ceux qui l’entonnent ? De quelle manière, motrice et affective, la musique mobilise-t-elle des collectivités, engagées dans le soulèvement ou l’émancipation ? Pour répondre à ces questions, plongeons-nous au cœur de l’histoire, souvent violente, de l’Amérique.

C’est le massacre de Wounded Knee. Au lever du jour, le 29 décembre 1890, sur le sommet d’une colline du Dakota du Sud, les familles de 350 Sioux, affamés et sans armes, sont massacrés par le Septième régiment de cavalerie. Aucun survivant. Les femmes et les enfants ne sont pas épargnés. Cette folie barbare n’est pas oubliée aujourd’hui par les militants de l’American Indian Movement, qui, en hommage aux victimes, organisent des veillées musicales et reprennent les chants de leurs ancêtres.

Pour connaître le lien entre le chant des tribus indiennes et leur organisation sociale et politique, l’ethnomusicologue Frances Densmore, pianiste et organiste d’église, étudie leur musique à partir de 1893, trois ans après le massacre de Wounded Knee. Transcrivant d’abord à l’oreille les chansons des Sioux, Densmore les rencontre, munie d’un phonographe, et enregistre mille cinq cents chansons, auprès des Navajos, Iroquois, Creeks, Comanches ou Cheyennes. Son récit Les Indiens d’Amérique et leur musique analyse ces chants, appelés « langue des rêves ».

Issue d’une expérience mystique, la musique vocale ou instrumentale, symbolisée par un dessin sur des rouleaux d’écorce de bouleau, accompagne danses et fêtes, annonce la guérison ou la guerre, comme le chant pawnee de gratitude de la cérémonie Hako. « Les détails de la coutume du rêve ou du pouvoir de la chanson varient selon les tribus », conclut Desmore, qui insiste sur le rôle politique des mélodies. N’en est-il pas de même, dans un autre contexte, pour la musique noire américaine, confrontée à la ségrégation raciale aux Etats-Unis ?

Ce sont les émeutes de Detroit, en juillet 1967. Une semaine de troubles civils déclenchés par une descente de police, près du lieu où les musiciens de Motown Records, fondés en 1959 par Berry Gordy, se retrouvent souvent pour jouer. Dans la ville où le label de musique fait découvrir au monde le son nouveau d’une autre Amérique, celle des lois de 1964 et 1965 pour les droits civiques et le droit de vote, l’intervention de la police, de la Garde nationale et des troupes de l’armée américaine fait 43 morts, 1200 blessés et plus de 7000 arrestations. Chaos urbain. Quartiers détruits, Détroit symbolise la lutte contre la ségrégation, explique Adam White, journaliste et producteur, en ouverture de Motown, qu’il consacre aux luttes menées par d’extraordinaires artistes et musiciens à qui ce label a donnés sa chance, dream team musicale, panthéon de créateurs géniaux : Marvin Gaye, Stevie Wonder, Smokey Robinson, Diana Ross ou encore les Jackson Five. Motown est l’histoire d’une ascension fantastique, celle d’une des plus originales « usines à tubes » de l’histoire de la musique populaire américaine, passerelle culturelle entre Noirs et Blancs, où la conscience politique n’est jamais loin.

Deux mois après le célèbre discours « I have a dream », discours culminant de la marche pour la paix et la liberté de 200 000 personnes à Washington, Motown sort un album qui reprend le discours de Martin Luther King, accompagné de chansons et d’hymnes des marcheurs, comme We shall Overcome, interprété par Liz Lands.

 

10/06/2017

LES MASSACRES DE TULLE

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99 noms, ceux de 99 civils, des hommes raflés au hasard, le matin du 9 juin 1944 à Tulle, avant d'être pendus aux balcons et lampadaires de la ville. Aujourd'hui encore, ce drame reste largement méconnu. 7 juin 1944 au petit matin: plusieurs centaines de maquisards, des Francs-tireurs et partisans, attaquent la ville pour la libérer. La veille, jour du Débarquement des alliés, le général de Gaulle a lancé un appel à la Résistance. Les combats vont durer deux jours. Au soir du 8 juin, la ville est quasiment libérée.

Les Tullistes ont eu la sensation d'être libérés à ce moment-là. La joie se lisait sur les visages. C'est en fin de soirée du 8 juin, qu'une colonne est arrivée au sud de la ville par la route de Brives.

Pas n'importe quelle colonne.

Les gens qui ont vu arriver une colonne blindée, ont cru que c'était les Américains ou les Anglais. La joie était là. On s'est vite rendu commpte qu'il s'agissait de la sinistre colonne Das Reich venant de Montauban.

Les maquisards l'ignoraient, mais la 2e division SS Das Reich n'était qu'à quelques kilomètres. Dans la soirée, elle prend possession de la ville. Les résistants doivent se replier. Ces soldats SS n'ont qu'une devise: la politique de la terreur. Partie de Montauban en direction de la Normandie, ces troupes aguerries vont multiplier les massacres sur leur chemin, dont ceux de Tulle et d'Oradour-sur-Glane. A Tulle, en représailles des morts allemands, le général de la division ordonne de pendre une centaine d'hommes.

2.000 à 3.000 hommes sont rassemblés dès le petit matin du 9 juin, et, en colonne, chemine dans la ville sous la menace des blindés, vers la manufacture d'armes où ils sont parqués et triés.

Jean Viacroze fait partie des hommes raflés ce jour-là. Il a accepté de nous y amener, mais en arrivant sur les lieux, le viel homme ne pourra finalement traverser la rue, qui nous sépare de la place où ses compagnons furent triés.

Vous êtes déjà revenu là.

Non, c'était trop dur. On n'oublie pas.

Pendant des heures, une sélection cruelle s'opère. A la demande des autorités françaises, des boulangers, des bouchers, des fonctionnaires sont écartés, aussitôt remplacés par d'autres. Les hommes choisis seront conduits vers leur potence.

Ils sont partis dignement se faire pendre. Il n'y a pas eu de cris. C'était le silence. Certains ont passé la tête dans le noeud coulant. Un homme silencieux a reçu un coup de baïonnette pour le faire hurler. Il a hurlé avant d'arriver aux cordes. C'était terrible.

C'était leur courage face aux rires.

Les Allemands s'en foutaient. Ils rigolaient, étaient à la fête.

Pierrette Barrat n'a pas assisté directement aux pendaisons, mais n'oubliera jamais l'effroi ressenti.

On ne peut rien dire devant l'horreur. Ils avaient bien calculé, depuis la Russie, que les pendaisons étaient une arme très efficace pour tenir une population. Là, on ne réagit plus.

Les jours suivants, 140 Tullistes seront de nouveaux sélectionnés, puis déportés à Dachau. Pourquoi ce tri arbitraire ? Pourquoi tel homme ? Y a-t-il eu des dénonciations ? Autant de questions aujourd'hui encore sans réponses.

Sources France Infos

18:19 Publié dans Guerre, Libération, Occupation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : massacres de tulle, nazis | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

28/05/2017

« Le Moyen Âge rêvé est une soupape de sécurité dans le monde moderne »

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Propos recueillis par Maxime Lerolle, Humanite.fr

« Le cinéma anglo-saxon, où Arthur est très populaire, oscille entre deux tendances. D’un côté, il considère la Table Ronde comme une pré-démocratie, de l’autre, il porte souvent un discours ultra-libéral »

Entretien. À l’occasion de la cinquième édition du festival Bobines et Parchemins, William Blanc, historien du médiévalisme et l’un des organisateurs du festival, revient sur les lectures idéologiques du Moyen-Âge dans le cinéma contemporain.

L'édition de Bobines et Parchemins à eu  pour thème le Roi Arthur au cinéma, et vous-même avez récemment publié Le Roi Arthur, un mythe contemporain, qui passe au crible ses adaptations depuis le XIXe siècle. Quelles en sont les lectures dominantes ?

William Blanc. Le cinéma anglo-saxon, où Arthur est très populaire, oscille entre deux tendances. D’un côté, il considère la Table Ronde comme une pré-démocratie et une image du melting-pot américain. Des films comme Le Roi Arthur d’Antoine Fuqua (2004) intègrent des gens issus de la diversité, comme Lancelot (Ioan Gruffudd), un guerrier sarmate, et des femmes combattantes, telle Guenièvre (Keira Knightley). De l’autre, il porte souvent un discours ultra-libéral. Cette histoire d’un homme qui gravit les échelons pour atteindre la royauté correspond à l’imagerie du self-made-man. Mais dans les années 60 et 70, le mythe arthurien était beaucoup plus ancré à gauche. Les mouvements hippies se revendiquaient d’un Moyen Âge contestataire contre les oppressions du monde moderne. Un film comme Knightriders (George Romero, 1981, projeté au festival dimanche soir) garde ce caractère subversif. À la même époque, il y avait une connexion entre le mythe arthurien et le mythe kennedien : Arthur offrait au président l’image idéale d’un jeune roi réformateur.

Dans quelle veine s’inscrit la nouvelle version de Guy Ritchie (en salles ) ?

William Blanc. Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur intègre les minorités ethniques : Arthur (Charlie Hunnam) a pour alliés un maître du kung-fu et le chevalier Bedivere (Djimon Hounsou), devenu Africain. Il reprend également l’image du self-made-man : comme Rocky, Arthur accède au trône par la seule force de l’entraînement physique et de la volonté. Enfin, il oppose de manière manichéenne Bien et Mal, avec la démocratie – libérale – d’un côté et la dictature de l’autre, comme dans la version de Fuqua, où les Saxons étaient des nazis avant l’heure.

Y a-t-il d’autres figures médiévales qu’Arthur aussi prisées par le cinéma ?

William Blanc. Pas vraiment. Dans une moindre mesure, Robin des Bois et Jeanne d’Arc, mais Arthur est vraiment la figure médiévale par excellence. Son succès tient au caractère très plastique du mythe : il court de la Table Ronde reconstituée par Himmler aux écolos hippies des années 70 ! De nos jours, Arthur est beaucoup plus populaire qu’au Moyen Âge, où il se cantonnait aux seules cours aristocratiques européennes. À présent, du fait de sa grande popularité dans le cinéma américain et de la popularité de ce cinéma à l’échelle planétaire, on retrouve ce mythe absolument partout. D’une certaine manière, le Moyen Âge rêvé sert de soupape de sécurité face aux problèmes du monde moderne.

Avec l’émergence des populismes de droite, assiste-t-on au retour de films nationalistes ?

William Blanc. C’est plutôt l’inverse. Historiquement, le médiévalisme en tant que discours critique envers le monde moderne a été porté par l’extrême-gauche. Aujourd’hui encore, Pablo Iglesias a dirigé un ouvrage sur Game of Thrones ! Le médiévalisme américain a beau être machiste et guerrier, il n’est pas nationaliste. On trouve peut-être de tels films en Russie, en Pologne ou en Hongrie, mais ils n’ont pas la portée des productions américaines. Quant au Front National, on observe plutôt un déclin de Jeanne d’Arc, mise de côté par les cadres du parti.

Quelle a été l’ambition du festival Bobines et Parchemins ?

William Blanc. D’abord de mêler des films connus et inconnus du grand public, et ensuite de les commenter. Par un jeu de miroir inversé vis-à-vis du Moyen Âge, ces films disent quelque chose de nous.

11:03 Publié dans Histoire insolite, L'Humanité, Moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moyen âge, cinéma | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |