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20/08/2018

Claudia Jones, une femme noire, communiste, militante... et oubliée

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Née dans les Caraïbes, émigrée aux Etats-Unis puis exilée à Londres, cette militante pour les droits civiques est enterrée à Londres à gauche de Karl Marx.

Quartier paisible du nord de Londres, Highgate n’accueille que peu de touristes. Ces derniers mois, ceux qui grimpaient la colline pour accéder au «village» venaient principalement pour visiter le mausolée de fortune de George Michael, une des nombreuses célébrités à résider dans le coin, tout comme Kate Moss ou Jude Law. Décédé le jour de noël 2016, le chanteur est enterré au cimetière d’Highgate, petit Père-Lachaise victorien qui abrite aussi les dépouilles du guitariste Bert Jansch, de Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols et une pierre tombale imposante sur laquelle trône une gueule de marbre aussi hirsute que grandiose: celle de Karl Marx.

Inhumé en 1883, l’auteur de Das Kapital inaugurait alors le «communist corner», ultime résidence de plusieurs personnalités inspirées par ses écrits. Sur sa gauche, le touriste ignore souvent une plaque plus sobre, qui porte le nom de Claudia Vera Jones.

Descendante d’esclaves, Claudia Vera Cumberbatch naît le 15 février 1915 à Belmont. Une banlieue au pied d’une colline du nord-est de Port-d’Espagne, sur l’île de Trinidad, à 7.500 kilomètres de la Rhénanie natale de son compagnon d’éternité. Aujourd’hui, l’actuelle capitale de Trinité-et-Tobago est le centre économique d’une des nations les plus prospères des Caraïbes.

Dans les années 1910, les parents de Claudia font face, comme toute la région, à la chute du cours du cacao, impacté par la Première Guerre mondiale. En 1924, pour échapper à la misère, la famille Cumberbatch grimpe dans un bateau direction New York City. Or, dans le quartier d’Harlem, en pleine Grande Dépression, les conditions de vie ne sont guère meilleures.

Professeur d’études africaines à l’Université de Cornell, Carole Boyce-Davies, elle aussi, est native de Trinidad, où elle s’échine à raviver la mémoire de la grande dame, notamment à travers un livre: Left of Karl Marx. «Comme beaucoup de femmes de l’époque, la mère de Claudia travaillait dans l’industrie du textile, explique-t-elle. Elle cousait et travaillait sur des machines à l’usine. Elle n’avait que très peu de pause et de repos. Comme plusieurs femmes, elle s’est épuisée. Elle est tombée morte au travail, à seulement 37 ans.»

Rapidement, Claudia, elle aussi, connaît des problèmes de santé. En face de l’appartement familial coule un égout, symbole de conditions d’hygiène sordides dans lesquelles Claudia contracte une tuberculose qui abimera ses poumons à vie. Rapidement, pour subvenir aux besoins de la famille, Cumberbatch arrête les études et travaille dans une chapellerie féminine. Son deuxième emploi, comme assistante d’un journaliste au sein d’un média noir, crée une vocation, poussée par un terreau politique fertile. «Le Harlem de l’époque pullulait de personnes dénonçant les conditions de vie des afro-américains, poursuit l’historienne. Tu en trouvais un à chaque coin de rue. Elle a raconté qu’elle était surtout attirée par ceux qui avaient un discours de gauche.»

Les «Scottsboro Boys» et le Maccarthysme

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Comme beaucoup de jeunes noirs concernés par les conditions des leurs semblables, Claudia rejoint d’abord la National Association for the Advancement of Colored People, principale organisation de défenses des droits civiques. La NAACP se saisit par exemple de l’affaire des «Scottsboro Boys», nom donné à neuf jeunes noirs accusés à tort d’avoir violé deux blanches dans l’État d’Alabama. Lors de procès expéditifs, ils sont condamnés à mort.

Comme dépeint dans Loving, le film de Jeff Nichols, le Parti communiste américain, aussi, envoyait alors des avocats pour défendre les Afro-Américains victimes d’injustices. Grâce aux communistes, les accusés échappent à la peine capitale, même si cinq d’entre eux purgent des peines prison absurdes. «Sur cette affaire, le PC a été plus sérieux que la NAACP, assure Boyce-Davies. Claudia a indiqué que c’est ce qui l’a amenée à rejoindre en 1936 la Young Communist League, la branche jeune du Parti.»

L’année d’après, Claudia intègre l’équipe éditoriale du Daily Worker avant de prendre la direction en 1938 de Weekly Review, à seulement 23 ans. Lorsqu’elle ne travaille pas, la jeune femme aide son prochain. «Les gens venaient la voir avec un problème d’immigration, de logement et elle essayait de le résoudre, assure l’experte. C’est son engagement et son travail qui ont forgé sa vie. Dès qu’un événement social ou politique prenait place, elle y allait

Dans l’ombre grandissante du maccarthysme, c’est pour éviter la surveillance du FBI qu’elle prend le nom de couverture de «Jones». La ruse fonctionne un temps, mais Claudia ne parvient en revanche pas à obtenir la citoyenneté américaine. Pour ce faire, elle devrait assurer ne pas appartenir au Parti communiste. De par une éducation caribéenne qui peut paraître étrange, Claudia refuse de mentir. Finalement, les services secrets font le lien.

«Pour la journée de la femme de 1950, elle a prononcé un grand discours, narre l’historienne. Beaucoup de monde était venu la voir parler et c’est ce qui a mené à son arrestation. Elle était accusée d’être une étrangère visant à renverser les États-Unis d’Amérique. Il ne s’agissait que de textes intellectuels, mais l’un des messages était bien l’abolition du capitalisme.» Au pays du Roi Dollar, l’idée ne passe pas et Claudia est condamnée à un an de prison. Dans un premier temps, elle est incarcérée sur Ellis Island, la petite île à l’entrée de New York où sont placés les immigrés en attente d’entrée sur le sol américain. De sa cellule, elle aperçoit la statue de la Liberté. Transférée dans un pénitencier de Virginie-Occidentale, elle côtoie un ponte du PC et des indépendantistes portoricaines. «La prison lui a inspiré des poèmes, renseigne Boyce-Davies. Mais les conditions d’emprisonnement ont empiré la maladie cardiaque dont elle souffrait. Ça lui a permis de voir sa peine réduite à dix mois, mais elle a été déportée peu de temps après.»

Émeutes et carnaval

Le 7 décembre 1955, trois-cent-cinquante personnes viennent dire adieu à Claudia Jones à l’Hotel Theresa d’Harlem. Foutue à la porte d’un pays où elle vivait depuis vingt-neuf ans, l’activiste ne peut pas non plus retourner chez elle, à Trinidad. Historien britannique option «black histor », Steven Ian Martin explique :«À l’époque, Trinidad était encore une colonie britannique. Le gouvernement de Londres était terrifié à l’idée d’avoir une Trinidadienne réputée et pétrie d’idéologie marxiste rentrer au pays. Il ne fallait pas qu’elle puisse souffler des idées à la classe ouvrière noire. Ils pensaient qu’au Royaume Uni, elle serait plus facilement contrôlée.» Bien vu. Lorsqu’elle débarque à Southampton, sur les côtes anglaises, Claudia Jones pense être reçue comme son rang de figure communiste new-yorkaise le suggère. Or, le Parti communiste britannique de l’époque n’a que faire du sort des femmes noires. Comme le gros de la communauté caribéenne, elle s’installe au sud de Londres, à Stockwell, puis sur Brixton Road. Si son nom lui permet de reprendre ses activités, Claudia doit travailler et est employée comme secrétaire dans un garage de bus.

Si la loi britannique ne comporte pas de volet ségrégationniste, la société, elle, demeure en partie raciste. Un ancien collaborateur de Jones, Donald Hynes, dépeignait dans un essai le contexte de l’époque: «Dans le bus, les passagers blancs bondissaient de leurs sièges si un noir avait le toupet de s’asseoir à côté d’eux. […] Nombre d’employeurs disaient qu’ils n’employaient pas de noirs. Des propriétaires expliquaient refuser la location d’une chambre parce que les voisins blancs ne seraient pas d’accord.»

C’est dans cette atmosphère tendue que Claudia Jones crée en 1958 la West Indian Gazette, une revue antiraciste et anti-impérialiste, dont les bureaux se situent au dessus d’un barbier et d’un magasin de disques de Brixton. C’est dans cette atmosphère, aussi, et dans la chaleur d’août 58, qu’explosent des émeutes à Nottingham, dans le nord de l’Angleterre et à Notting Hill, un quartier caribéen de l’ouest londonien.

En dehors d’une station de métro, un couple s’engueule. La femme est blanche, l’homme est noir. Une foule blanche intervient rapidement et la brouille conjugale se transforme en grosse bagarre. Cette étincelle met le feu au quartier. Le lendemain, trois cents jeunes, largement issus de gangs de Teddy Boys, attaquent des résidences caribéennes, beuglant des injures racistes. Au bout de près d’une semaine de conflit, cent-quarante personnes sont arrêtées.

claudia-jones-stamp.jpgChoquée, Claudia Jones dit rapidement vouloir «laver le goût de Notting Hill et Nottingham» des bouches de la communauté noire. «Elle voulait contrer les effets potentiels des émeutes, raconte S.I. Martin. Elle disait que l’art d’un peuple est la genèse de sa liberté.» Sur le modèle des carnavals de Trinidad, Jones et son entourage organisent un «Mardi Gras» au St Pancras Town Hall, près de l’actuelle gare internationale. L’événement, dont S.I. Martin doute de la qualité festive, est néanmoins filmé par la BBC. Certains journaux se plaignent mais la communauté noire est montrée sous un jour positif, quelques mois seulement après les émeutes.

Après quelques éditons dans diverses salles londoniennes, le carnaval prend ses quartiers dans les rues de Notting Hill en août 1966. Sans Claudia Jones. Près de deux ans plus tôt, à seulement 49 ans, la «godmother of Black Britain» succombait à une violente crise cardiaque. La veille de Noël. Son compagnon, Abhimanyu Manchanda, un maoïste indien, est alors en voyage en Chine, et quand Claudia ne se rend pas à la soirée de Noël à laquelle elle était invitée, on met du temps à s’inquiéter. Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’on enfonce sa porte pour découvrir son corps inerte.

Dévasté, Manchanda souhaite lui rendre un dernier hommage et achète cette place près de Marx. L’homme qui partageait la vie de Claudia Jones depuis 1957 prend sa suite à la tête de la West Indian Gazette, avant que les dettes ne coulent définitivement le journal au bout de quelques mois. En 1970, il baptise sa fille Claudia. Mais la native de Port-d’Espagne a légué bien plus qu’un prénom. «Ce que Claudia Jones a fait de plus grand, c’est d’inscrire dans l’Histoire un triple label: elle était une féministe noire de gauche, conclut Carole Boyce-Davies. Elle a institué un changement en unifiant ces trois expériences qu’on séparait jusqu’alors. Elle a simplement fondé le féminisme noir de gauche.» De quoi justifier sa place, à la gauche de Karl Marx.

19:34 Publié dans Biographie, Etats Unis, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : claudia jones, usa, racisme | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

11/09/2017

Chili : 11 septembre 1973, un coup d'État millimétré

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José Fort, Humanite.fr

En une journée, les forces armées chiliennes balaient l'Unité populaire et s'emparent du pouvoir. Le "golpe" (coup d'État) est lancé dans le port de Valparaiso par le soulèvement de la marine ; il aboutit, à Santiago, au bombardement du palais présidentiel de La Modena et à la mort d'Allende. Extrait du hors-série de l'Humanité : Chili, l'espoir assassiné.

Il est 6 heures à Valparaiso, ce 11 septembre 1973. Les forces navales chiliennes parties la veille rejoindre au large les navires des États-Unis dans le cadre des manoeuvres annuelles reviennent dans la nuit. Le soulèvement a démarré avec l’aide logistique des bâtiments américains assurant la couverture radar et la surveillance des communications.

6 h 40. Santiago. Le président Allende est informé des événements. Il quitte sa résidence et file à vive allure vers La Moneda entouré de sa garde rapprochée.

7 h 40. La hiérarchie militaire ne répond pas aux appels de la présidence de la République. Salvador Allende nprononce sa première allocution radiophonique.

8 h 30. Pinochet, nommé un mois auparavant chef nde l’armée de terre, a trahi. Dans la nuit, une dernière réunion de « coordination » a eu lieu à l’ambassade des États-Unis, à Santiago, en liaison radio avec le bureau du secrétaire d’État Henry Kissinger. C’est lui, après un échange avec Richard Nixon, qui donne le feu vert.

9 heures. Des avions de chasse passent au-dessus de La nMoneda. Distribution d’armes légères aux collaborateurs de Salvador Allende. Il prononce plusieurs brèves allocutions sur les ondes de deux radios non occupées par les militaires. La troupe massée à proximité de La Moneda tire sur la présidence.

11 heures. Communiqué militaire demandant la reddition de Salvador Allende et de ses collaborateurs. Autour de La Moneda, la fusillade continue.

11 h 58. Bombardements aériens de La Moneda qui prend feu. Aussitôt après, la fusillade reprend.

13 h 50. Allende demande à ses gardes du corps et à sesncollaborateurs de quitter La Moneda. Quelques instants avant sa mort, il adresse un dernier message transmis par Radio Magallanes : « Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son de ma voix. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure. Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

24/11/2015

Indonésie 1965, la plus terrible des répressions anticommunistes

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Le massacre des militants communistes et de nombreux progressistes a débuté le 30 septembre 1965 et s’est poursuivi pendant de longs mois sous le commandement du général Suharto qui, avec l’appui des USA, voulait renverser Sukarno, père de l’indépendance indonésienne.

En 1965, le Parti communiste indonésien (PKI) était le quatrième parti dans le pays, le premier à Java, et, en importance, le troisième Parti communiste au monde avec ses 3 millions d’adhérents, après le Parti communiste d’Union soviétique et le Parti communiste chinois. Il était fort du soutien d’au moins 20 millions de sympathisants, réunis dans des organisations proches du PKI. Le parti soutenait le régime Sukarno, père de l’indépendance du pays et premier président de la République, et un des dirigeants du mouvement anti-impérialiste des non-alignés. La victoire de la Chine populaire et les échecs français de la guerre du Vietnam menaçaient la position des pays des anciens colonisateurs et des États-Unis, le nouveau venu. Ce dernier craignait une expansion continue du mouvement communiste.

En 1963, les États-Unis ont donc décidé d’éliminer Sukarno qui échappait de plus en plus à leur contrôle et se rapprochait du camp dit « socialiste ». Pour cela, il fallait absolument éliminer le Parti communiste qui était un des piliers les plus importants du régime de Sukarno, ainsi que toute la gauche indonésienne. La suite est connue, avec le pillage total de la richesse du pays : gaz, pétrole, bauxite, nickel, cuivre, or, bois, etc. L’assassinat de sept généraux de l’armée de terre, dont on ne connaît toujours pas les véritables commanditaires, a permis au général Suharto, alors commandant du Kostrad (Réserve stratégique de l’armée de terre – NDLR), d’en faire porter la responsabilité au PKI, et avec la bénédiction et l’appui désormais dévoilé des États-Unis, de lancer une campagne de diffamation pour enflammer la « colère » des populations et les pousser aux massacres les plus atroces.

Les massacres ont commencé par Java Ouest, et progressivement se sont étendus vers Java Central, puis Java Est. Les listes des personnes à exécuter ont été établies par les agents de la CIA et transmises à l’armée ; elles étaient vérifiées par les responsables locaux ; et les exécutions étaient assurées par les groupes paramilitaires composés principalement de jeunes islamistes (Ansor et Banser) entraînés et armés par l’armée de terre. Et les massacres ont continué régulièrement à s’étendre : Sumatra, Sulawesi, même les petites îles comme Kupang, Buton, Flores, Sabu, Alor… pas un lieu n’a été épargné. Ces massacres ont été massifs, systématiques, méthodiques. Ce furent les pires après l’holocauste de la Seconde Guerre mondiale commis par les hitlériens. Le nombre des victimes se situe entre 500 000 et 3 millions de personnes assassinées. Au moins 2 autres millions furent emprisonnées ou déportées dans les camps. La liste des camps de concentration et des prisons serait malheureusement bien longue à énumérer. Une des conséquences parmi les plus dramatiques de cette répression concerne le sort de centaines milliers d’enfants, abandonnés après la disparition de leurs père et mère, vivant dans les rues, de mendicité, de trafics en tout genre, de prostitution.

Tout au long de ces cinquante années, le peuple indonésien n’a cessé de lutter, malgré les répressions, malgré les disparitions forcées des activistes. En 1998, lors de « la crise financière asiatique », la colère populaire a chassé Suharto du pouvoir. Depuis l’Indonésie est entrée dans l’ère qu’on appelle « reformasi », celle des réformes. La presse est devenue libre, le rôle des militaires a été progressivement amoindri, même s’il reste encore présent, petit à petit on construit l’État de droit. À ce jour, avec le nouveau président Joko Widodo (surnommé « Jokowi »), de premières avancées ont déjà eu lieu : école et fournitures scolaires gratuites pour tous les enfants, notamment les enfants des familles les plus démunies ; gratuité des soins ; autant de signes concrets que l’ère des réformes concerne aussi les couches les plus défavorisées du peuple… Si, lors de sa campagne électorale, le président Joko Widodo a effectivement promis de régler ce problème des graves violations des droits de l’homme au cours de l’ère Suharto, il n’en demeure pas moins, qu’en juin dernier, il a signé un projet de loi de révision du Code pénal stipulant en son article 219 l’interdiction de diffuser la pensée communiste, et sanctionnant toute diffusion, que ce soit verbalement ou par écrit, par quelque canal de communication que ce soit, d’une condamnation jusqu’à sept ans de prison. Est passible d’une peine jusqu’à dix ans de prison toute tentative de fonder une organisation soupçonnée de collusions communistes. Récemment, Joko Widodo a confirmé qu’il n’allait pas présenter, au nom du gouvernement, d’excuses aux victimes des massacres de 1965.

Ce n’est pas trop de dire que la route est encore longue sur la voie d’une démocratie assumée, mais la vérité commence à surgir, la justice viendra. Du 10 au 13 novembre prochain, il y aura un Tribunal international des peuples à La Haye (Pays-Bas) pour juger le gouvernement indonésien sur le génocide de 1965 et les crimes contre l’humanité, et le jugement sera présenté par la commission de l’ONU.

Le génocide indonésien, oublié de l’Histoire 

L’ancienne colonie hollandaise est presque totalement méconnue en France, à part quelques informations, comme l’annonce de l’élection du nouveau président Joko Widodo l’année dernière, ou bien, en 2013, une commande par la compagnie indonésienne à bas coûts Lion Air de 234 appareils A320 pour un montant de 18,4 milliards d’euros, ou la promotion de l’île paradisiaque de Bali, un des hauts lieux de prédilection des touristes. Pourtant, avec plus que 14 000 îles, il s’agit du plus grand archipel au monde. Avec une population estimée à 250 millions de personnes (4 fois plus que la France), il s’agit du 4e pays le plus peuplé au monde, du premier pays à majorité musulmane pour le nombre de croyants. Sa culture est méconnue, son histoire l’est tout autant, notamment ce génocide.

Repères 

1942 Débarquement 
des troupes japonaises, 
qui met fin à l’administration néerlandaise.

17 août 1945 
Proclamation 
de l’indépendance par Sukarno et Mohamed Hatta.

16 décembre 1949 
Les Pays-Bas acceptent 
le transfert de souveraineté 
à la République d’Indonésie.

Avril 1955 
Conférence des nations 
à Bandung, qui préfigure 
le mouvement des non-alignés.

Aidit Ibarruri Sudharsono Ancienne exilée, fille du président 
du Parti communiste indonésien
L'Humanité
Photo : Bettmann/Corbis
 
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19:03 Publié dans Actualité, Etats Unis, Guerre, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indonésie, communistes, massacre, usa | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |