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04/07/2026

250 ans des États-Unis : entre mythes et amnésie volontaire, les failles du roman national glorifié par Trump

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usa,250 ansDonald Trump s’est emparé des célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis pour réaffirmer un récit mensonger de l’histoire du pays. Récit pourtant mis à mal depuis longtemps par les historiens, comme par les mouvements de la société.

L’histoire comme un parc d’attractions. Pour célébrer le 250e anniversaire de la naissance du pays dont il est le 47e président, Donald Trump a fait installer, face au Capitole, sur le National Mall de Washington, grande roue, stands et barbecues. Mais pas seulement. Jusqu’au 10 juillet, la Great American State Fair propose aux chalands une vision officielle de l’histoire, entre omniprésence militaire (orchestres, expositions et survols d’avions) et valorisation des « traditions » (en tout cas, celles choisies par la Maison-Blanche).

Pour inaugurer cette « foire », Donald Trump s’est mis au diapason, entre vulgarité et nationalisme avec un discours décousu et perlé de digressions incompréhensibles, dans lequel il a autant parlé de lui et de son œuvre que du pays. Mais l’essentiel de cette fausse fête populaire à ciel ouvert dépasse le folklore ou l’autocélébration. Elle vise à cultiver une histoire officielle.

En mars 2025, Donald Trump signait un décret présidentiel dont le titre disait tout : « Restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine ». Il fallait contre-attaquer face à une « idéologie corrosive », une « révision de l’histoire » dans laquelle « l’héritage incomparable de notre pays – marqué par la promotion de la liberté, des droits individuels et du bonheur humain – est reconstruit comme foncièrement raciste, sexiste, oppressif, ou plus généralement comme irrémédiablement vicié ».

Un roman national réétudié

Depuis une dizaine d’années, l’effet conjugué des mouvements de la société (Black Lives Matter, MeToo) et du renouvellement du travail historiographique (avec en premier lieu Howard Zinn, auteur d’« Une histoire populaire des États-Unis », publié en 1980) a remis en cause une vision mythifiée d’une sorte d’Amérique éternelle, « le pays de la liberté, la patrie des braves », comme le prétend l’hymne national, « The Star-Spangled Banner » (la Bannière étoilée), à la « destinée manifeste » et forcément productrice du Bien.

De ce « roman national » étaient expurgés tous les éléments qui contredisaient la thèse. L’histoire n’était racontée qu’à moitié, c’est-à-dire pas du tout.

À son origine, le mythe de la fondation : la quête de la liberté a nourri la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 et les États-Unis sont la première république née des Lumières. Rien de fondamentalement frelaté dans cette affirmation. Dans sa plus célèbre phrase, le texte qui défie la Couronne britannique, principalement rédigé par Thomas Jefferson, alors âgé de 33 ans, stipule : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Le péché originel de l’esclavage

Après la victoire des treize colonies, les États-Unis sont fondés et se dotent en 1787 d’une Constitution. C’est l’heure des travaux pratiques. Tous les hommes considérés comme égaux seront-ils dotés des mêmes droits inaliénables ? La question concerne évidemment l’éléphant au milieu de la pièce que les militants de l’indépendance ont bien pris soin de ne pas régler : l’esclavage.

Pour faire au plus simple : au moment de la fondation du pays, les États du Nord sont abolitionnistes de fait et ceux du Sud, dont l’économie repose alors sur la production de tabac et de riz (le développement du coton viendra plus tard), sont esclavagistes. Quelle loi va prévaloir en la matière ? Les « pères fondateurs » (on dit désormais « fondateurs », comme pour faire oublier qu’il n’y avait pas de « mères fondatrices ») vont résoudre cette équation presque impossible en créant une organisation du gouvernement de nature fédérale, ce qui permet à chaque État de procéder comme il l’entend chez lui.

Mais le Sud n’en a pas fini avec le sujet. Il entend incorporer les esclaves dans le calcul de la population représentée au Congrès, base sur laquelle est attribué le nombre de sièges. Les esclavagistes seraient ainsi supposés représenter les esclaves sans évidemment leur donner le droit de vote, tout en continuant à les considérer comme des « biens », et non des personnes. Le Nord refuse, dans un premier temps.

La création de la jeune République est en danger. Un second « compromis » est alors trouvé : dans le premier recensement du pays, base de la représentativité politique de chaque État, un esclave comptera pour trois cinquièmes d’être humain…

Le pays naissait à peine que les principes de son baptême se trouvaient sacrifiés sur l’autel de l’unité et du mode de production sudiste. « Les États esclavagistes se sont assurés d’un pouvoir politique démesuré à la fois dans les deux chambres du Congrès et de la présidence qui ont été contrôlées par des pro-esclavages jusqu’à l’élection de Lincoln en 1860 », souligne Matthew Desmond, professeur de sociologie à l’université Princeton dans « The 1619 project ».

Dix des douze premiers présidents du pays possédaient des esclaves, à commencer par George Washington lui-même. Quant à la plume de la déclaration d’indépendance, Thomas Jefferson, il était non seulement esclavagiste mais a présenté une de ses esclaves, Sally Hemmings, comme sa « maîtresse », sans jamais l’émanciper, et a eu un enfant avec elle.

Le projet 1619 ou l’histoire en mouvement

La première république de l’ère contemporaine était donc également esclavagiste. Cette contradiction fondamentale, ce péché originel même, a longtemps été camouflée derrière l’apparat de la grande terre de liberté et d’opportunités. Elle a retrouvé peu à peu la lumière, au fil des travaux d’historiens et du mouvement des droits civiques. Elle a surtout été projetée en pleine scène publique il y a sept ans lors de la publication, par le New York Times Magazine, d’un ensemble d’articles journalistiques et historiographiques, le Projet 1619.

La date ne devait rien au hasard : en août 1619, un navire anglais débarque une vingtaine d’Africains capturés dans ce qui deviendra la Virginie. Le débat entre historiens sur le statut exact de ces passagers n’est pas encore tranché mais l’événement est largement considéré comme le début de l’esclavage africain durable dans l’Amérique anglaise.

Dirigé par la journaliste Nikole Hannah-Jones, qui se verra récompensé d’un prix Pulitzer, le projet défend la thèse que 1619 constitue un moment fondateur de l’histoire des États-Unis, au même titre que 1776. Le projet soutient que l’esclavage et les contributions des Afro-Américains sont au cœur de la construction des États-Unis, et non un simple chapitre secondaire de l’histoire nationale. Il affirme notamment que l’esclavage ne constitue pas un chapitre de l’histoire du pays, refermé après la guerre de Sécession (1861-1865), mais une matrice.

Au fil d’articles passionnants, on découvre que la plantation a été le laboratoire de la fabrique américaine : organisation du travail, maintien de la sécurité et politique répressive, rôle du capital et des banques, etc. Le fordisme et Wall Street sont nés dans les champs de coton du Sud. L’usage dissuasif de la peine de mort et le surarmement des « hommes libres », donc blancs, aussi.

Amnésie collective autour de l’usage de l’impôt

Évidemment, Donald Trump a aussitôt dénoncé une « histoire révisionniste », un exemple parfait de la façon dont « la gauche a déformé, dénaturé et souillé l’histoire américaine ». Le milliardaire s’inscrit dans les pas de Ronald Reagan, vantant une Amérique éternelle, qui servait surtout le propos politique de sa « révolution conservatrice », présentée comme un retour aux sources plutôt que comme une réaction contre le New Deal et les années 1960. De cette époque date une vision figée du pays, qui s’est également exportée, au point qu’en France aussi elle est souvent considérée comme légitime.

Exemple : la résistance ontologique des États-Unis à l’impôt. Il y a certes une forte tradition antifiscale qui remonte aux origines : les propriétaires détestaient que l’on taxât marchandises, en l’occurrence des esclaves. Dans les colonnes de l’Humanité en février 2020, Gabriel Zucman rappelait pourtant que les États-Unis, le temple du capitalisme, étaient « allés très loin dans l’utilisation de l’impôt pour réguler les inégalités et l’économie de marché, avec un taux marginal d’imposition de 80 % en moyenne de 1930 à 1980. Les droits de succession s’établissaient également à 80 % et les taux d’impôt sur les sociétés à 50 %. »

« Devant le Congrès, en 1942, Roosevelt affirme clairement sa volonté d’instaurer un revenu maximal légal à hauteur de 25 000 dollars, l’équivalent de 1 million de dollars aujourd’hui. Il voulait alors créer un taux de 100 % au-delà de cette somme. Après avoir hésité, les parlementaires ont finalement voté un taux de 93 %, qui a été effectif pendant des décennies, à la fois sous des administrations démocrate et républicaine (Eisenhower), ce qui reflétait un consensus. Il y a une amnésie collective assez fascinante aux États-Unis sur cette période ».

Peine de mort : la dualité de l’Amérique

Autre exemple : l’Amérique est le « pays de la peine de mort ». La base matérielle de cette affirmation n’est absolument pas contestable. Hormis un moratoire, de 1972 à 1976, on a toujours exécuté dans le pays et on continue. Les États-Unis sont la dernière « démocratie occidentale » à pratiquer le crime d’État. Depuis 1977, 1 700 exécutions ont été menées et Donald Trump a pris un pervers plaisir à reprendre les mises à mort fédérales après une pause pendant la présidence de Joe Biden.

Pourtant, c’est aussi outre-Atlantique que l’on trouve précocement les ferments de l’abolitionnisme. Alors que la France a mis fin à la « peine capitale » en 1981, l’État du Michigan l’a fait dès… 1846, suivi quelques années plus tard par le Rhode Island et le Wisconsin. Au moment de célébrer le 250e anniversaire du pays, les faits sont plus contrastés que ne pourrait le laisser supposer la litanie des exécutions : un tiers du pays s’avère pratiquant, quasi intégralement des États du Sud. Le Texas à lui seul est responsable de plus du tiers des exécutions. Le Death Penalty Information Center estime que le pays vit dans une situation d’« abolition de fait ».

On pourrait multiplier ces sujets – naissance du 1er-Mai, création d’une première forme d’État-providence dès les années 1930 (contre 1945 en Europe), mouvement des suffragettes, qui conduit au droit de vote des femmes, certes seulement blanches, en 1920 (contre 1945 en France) – comme autant de pointillés qui dessinent une trajectoire plus complexe (la coexistence de deux Amériques) que la messe trumpiste.

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11:41 Publié dans Actualité, L'Humanité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, 250 ans | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

02/09/2025

Pierre Caillaud-Croizat : « Des faits historiques sur la Sécurité sociale, loin d’élucubrations partisanes teintées d’anticommunisme »

 

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Par Pierre Caillaud-Croizat, petit-fils d’Ambroise Croizat, chronique publiée dans le journal l'Humanité

Après avoir pris connaissance de la tribune « La Sécurité sociale, une création communiste, vraiment ? » de M. Thouvenel, ancien vice-président de la CFTC dans le JDD du 21 août, je me sens obligé d’apporter quelques précisions.

Évoquant Ambroise Croizat, M. Thouvenel explique qu’il n’a pas désavoué le pacte germano-soviétique. C’est effectivement le cas de la grande majorité des communistes à cette période. Et c’est facile à comprendre quand on connaît les raisons profondes qui ont amené Staline à conclure ce pacte. Entre autres, les atermoiements et tergiversations diplomatiques des gouvernements anglais et français pour conclure des alliances de défense mutuelle avec l’Union soviétique, et la signature des accords de Munich par les mêmes.

Quelque temps après, Croizat est arrêté avec d’autres députés communistes par les autorités de la IIIe République et embastillé pour une durée qui s’étendra d’octobre 1939 à février 1943, soit quasiment trois ans et demi, dont presque deux au bagne.

La première chose que je voudrais rappeler à M. Thouvenel, c’est que les députés communistes ont été destitués, condamnés et emprisonnés par ceux qui avaient en 1936 refusé le soutien à l’Espagne républicaine, les mêmes qui ont signé avec Hitler les accords de Munich, qui ont permis à l’Allemagne nazie de dépecer et d’occuper la Tchécoslovaquie avec qui nous avions des accords de défense militaire réciproque, et qui permettaient à l’occupant d’utiliser l’industrie de ce pays pour réaliser ses ambitions d’expansion territoriale, et toujours les mêmes qui s’apprêtaient à se vautrer dans la collaboration en confiant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Seuls 80 d’entre eux ont refusé de les voter.

Ces élus du peuple déchus arbitrairement par ceux qui sont devenus des collabos

Et quand M. Thouvenel évoque avec beaucoup de légèreté cette période de détention, il ne semble pas apprécier pleinement les conditions dans lesquelles les députés ont été détenus. Ils vont séjourner dans plusieurs prisons d’abord en France métropolitaine. Dans les courriers qu’il envoie à son épouse, Croizat décrit l’extrême précarité des conditions de détention. Les députés sont privés d’accès aux journaux, l’hygiène est déplorable, les cellules sont glacées l’hiver et étouffantes en été, la ration alimentaire est limitée à sa portion congrue. Ils ont faim.

Début avril 1941, ils vont être transférés par bateau, à fond de cale et boulets aux pieds, de Marseille en Algérie. On les envoie au bagne de Maison-Carrée dans la banlieue d’Alger. Leur situation va encore se dégrader au point qu’ils tombent malades les uns après les autres, atteints par la malnutrition, le typhus, la dysenterie, attaqués de toutes parts par les vermines en tout genre et pourchassant les rats qui viennent leur courir dessus pendant leur sommeil.

L’objectif recherché est clairement de les faire mourir d’épuisement à petit feu. Quand Croizat sortira du bagne en février 1943, trois mois après le débarquement allié, il sera comme tous ses camarades terriblement affaibli physiquement et aura perdu 30 kilos.

Et quand M. Thouvenel se permet de dire que, « comme déporté et résistant, on a connu mieux », je pense qu’il ne mesure pas la dureté du calvaire qu’on a fait subir à ces élus du peuple déchus arbitrairement par ceux qui sont devenus des collabos. Ce commentaire méprisant est une honte absolue et digne d’une bouche d’égout.

J’ai été aussi particulièrement accablé par la manière dont M. Thouvenel évoque la création et la mise en place de la Sécurité sociale. Il explique qu’Ambroise Croizat n’est pas ministre quand les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 font leur apparition et que cela valide une participation minimale de celui-ci. Mais quand on relate des faits historiques, la moindre des choses conduisant à l’honnêteté consiste à prendre connaissance du rôle qu’ont tenu les uns et les autres dans l’élaboration de ces ordonnances.

« L’ordonnance du 4 octobre 1945 (…) a été le produit d’une année de travail »

Le texte qui leur donnera naissance a été discuté à l’Assemblée consultative provisoire. Et dans celle-ci, la commission du Travail et des Affaires sociales, dont Croizat était le président, a pesé de tout son poids pour que ces ordonnances soient conformes à ses orientations.

Je ne puis m’empêcher de partager ce que le ministre Croizat en avait dit lui-même dans un discours à l’Assemblée, prononcé le 8 août 1946 : « L’ordonnance du 4 octobre 1945, à laquelle est à juste titre attaché le nom d’un ami qui nous est commun à tous, M. Alexandre Parodi, a été le produit d’une année de travail au cours de laquelle des fonctionnaires, des représentants de tous les groupements et de toutes les organisations intéressées, des membres de l’Assemblée consultative provisoire, dont certains font partie de la présente Assemblée, ont associé leurs efforts pour élaborer un texte que le gouvernement de l’époque a en définitive consacré conformément à l’avis exprimé par 194 voix contre 1 à l’Assemblée consultative. »

Je conseille également à M. Thouvenel la lecture du livre Ambroise Croizat. Justice sociale et humanisme en héritage, d’Emmanuel Defouloy (le Geai bleu, 2025), qui relate avec maintes précisions et documents à l’appui l’influence de Croizat et de la commission du Travail et des Affaires sociales sur le contenu de ces ordonnances, pour l’éclairer dans ses connaissances de l’histoire sociale de notre pays.

Sur le même thème

« Ambroise Croizat, justice sociale et humanisme en héritage » d’Emmanuel Defouloy : portrait d’un ouvrier devenu ministre

Quant au rôle central qu’a tenu M. Pierre Laroque, personne n’en disconvient. Mais je dois rappeler à M. Thouvenel qu’un haut fonctionnaire est au service d’un ministre, que ce soit Alexandre Parodi ou Ambroise Croizat, qu’ils ont agi de concert dans cette construction avec bien d’autres (je pense notamment aux conseillers qui entouraient Croizat comme Henri Raynaud, Henri Jourdain, maître Marcel Willard…), et que la mobilisation des militants de la CGT a été déterminante pour donner une réalité concrète et physique à cette œuvre civilisatrice qu’est la Sécurité sociale.

« Cette Sécurité sociale appartient et doit appartenir à tous »

Toujours dans ce discours à l’Assemblée du 8 août 1946 : « Le plan de Sécurité sociale est une réforme d’une trop grande ampleur, d’une trop grande importance pour la population de notre pays pour que quiconque puisse en réclamer la paternité exclusive. Cette Sécurité sociale, née de la terrible épreuve que nous venons de traverser, appartient et doit appartenir à tous les Français et toutes les Françaises sans considérations politiques, philosophiques ou religieuses. C’est la terrible crise que notre pays subit depuis plusieurs générations qui lui impose ce plan national et cohérent de sécurité. »

M. Thouvenel pourra constater que Croizat sait prendre de la hauteur et mettre en valeur l’importance du collectif, ce dont il ferait bien de s’inspirer tant il semblerait que cette qualité lui soit étrangère. En être dépourvu en matière de syndicalisme confine à une usurpation de la fonction.

À la fin de votre article, M. Thouvenel, vous attribuez à Georges Bidault un rôle d’inspirateur du programme du CNR « Les jours heureux », qui a préconisé la création de la Sécu. Je veux bien vous croire sur parole, bien qu’en matière d’inspiration ma référence se porte plutôt sur Pierre Villon. Mais, en aucun cas, cela n’a été suivi d’effet par la CFTC, qui, au contraire, s’est opposée vigoureusement à ce que le ministre Croizat mettait en œuvre avec son équipe. Certainement plus préoccupée par la disparition des caisses confessionnelles d’avant-guerre que par l’intérêt général, elle est allée jusqu’à refuser, par dépit, de présenter des candidats aux premières élections des administrateurs de la Sécurité sociale.

Et cela M. Thouvenel, ce sont des faits historiques, loin d’élucubrations partisanes et malsaines fortement teintées d’anticommunisme et desquelles suinte cet insipide salmigondis dont vous nous avez grassement abreuvés et saturés jusqu’au dégoût.

Le marigot bolchevique ne vous adresse pas ses salutations et pense que vous êtes mûr pour passer vos vacances à Saint-Raphaël dans le Var, ville dans laquelle le maire vient d’ériger une stèle en mémoire des victimes du communisme. Montrez-lui votre article, il vous accueillera les bras ouverts et votre succès contribuera à flatter vos petites ambitions de rayonnement médiatique.

13/05/2025

Fête de l’Humanité 1945 : le goût de la liberté et de la paix retrouvées

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Interdite durant l’Occupation, la Fête de l’Humanité rouvre ses portes le 2 septembre 1945. Près d’un million de participants vont y savourer la paix retrouvée. Le journal célèbre sa republication au grand jour et le PCF, au cœur de la « bataille de la production », démontre sa puissance militante, à quelques semaines d’un scrutin décisif pour l’avenir politique du pays., l'Humanité

Il est juste 6 heures et, déjà, des foules immenses s’échappent par vagues des bouches de métro, accueillies par des diffuseurs du journal de Jaurès : « Deeeeemandez l’Humanité ! » Les campeurs installés la veille dans le bois de Vincennes attendent de pied ferme. En sommeil durant l’occupation, la Fête de l’Humanité va de nouveau ouvrir ses portes. Et renaître triomphalement. Ce 2 septembre 1945, près d’un million de personnes vont fouler les pelouses de Reuilly.

Huma45.jpgL’Humanité célèbre sa republication au grand jour. Les communistes, alors « parti des 75 000 fusillés », qui ont joué un rôle décisif dans la Résistance, démontrent leur puissance militante, à quelques semaines d’un scrutin décisif pour l’avenir politique du pays. Le 21 octobre, les Français vont voter pour les premières législatives depuis la fin de la guerre, et pour le référendum sur les pouvoirs de la nouvelle Assemblée, chargée de rédiger la future Constitution.

Franchi l’imposant portique d’entrée, le public remonte une immense « allée d’honneur » menant à la scène centrale, où le secrétaire général du PCF doit prononcer son discours dans l’après-midi. « Nos Champs-Élysées », se félicitera Maurice Thorez. S’y croisent des fanfares, des hommes à échasses, des uniformes soviétiques, des Espagnols en costume national.

Des jeux de chamboule-tout sur les visages de Hitler et Pétain

Après cinq années de souffrance, d’oppression et de deuil, un grand vent de liberté souffle dans les allées, chorégraphié par des lâchers de ballons et de pigeons. Dans les sous-bois s’improvisent des bals champêtres. On fait la queue pour une balade en barque sur le lac Daumesnil. Deux villages de stands s’étendent de la porte de Charenton à la piste municipale, où se tiendront une course de vélo et un match de football, organisés par la FSGT.

On croque la vie à pleines dents. En dépit des absents. Paul Éluard vient d’écrire Éternité de ceux que je n’ai pas revus : ses amis fusillés par les nazis ou déportés dans les camps d’extermination, Desnos, Politzer, Gabriel Péri. L’Union des femmes françaises tient un stand pour révéler l’horreur des camps de la mort. Les déportés témoignent. 

Deux mois plus tard se tiendra le procès de Nuremberg. Ici, au « tribunal du peuple », on assiste à la pendaison de Laval et on joue au chamboule-tout sur les visages de Hitler, Hirohito, Mussolini et Pétain.

Dans le prolongement esthétique du Front populaire, des fresques réalistes représentant la France au travail sont déployées dans les allées. Le Parti communiste est alors au cœur de la « bataille de la production », pour rendre à la France sa puissance et son indépendance économiques. Le slogan « Gagner la bataille de la production, c’est vaincre le fascisme, sauver la France et la démocratie » s’affiche en haut du stand de la Vie ouvrière, revue de la CGT. Les mineurs sont à l’honneur.

Maurice Thorez remet à un mineur la carte du millionième adhérent

Thorez.jpgC’est à l’un d’eux, « le camarade Pruvost », que Maurice Thorez remet solennellement au début de son discours la carte du millionième adhérent du Parti communiste.

On sait aujourd’hui le chiffre surévalué. Les historiens s’accordent sur plus de 500 000 adhérents en 1945.

Un chiffre qui fait déjà du PCF l’un des partis communistes les plus puissants du monde, et le parti politique français aux effectifs les plus fournis. Quelques semaines après la fête, le 21 octobre, le parti de Maurice Thorez va arriver en tête et dépasser les 5 millions de voix, recueillant 26,2 % des suffrages. Il obtiendra 159 députés, deux fois plus qu’en 1936.

Sur l’immense scène centrale, entouré d’Étienne Fajon, Jacques Duclos et Marcel Cachin, directeur du journal, Maurice Thorez, en bras de chemise, est accueilli comme une rock star. « La classe ouvrière et le peuple dans son ensemble ont le sentiment que le Parti communiste est leur parti, assure-t-il. Un million d’hommes et de femmes dans les rangs de notre Parti, c’est le résultat de nos efforts pour organiser la bataille de la Résistance… Nous nous sommes dépensés pendant les longues années d’Occupation, organisant les sabotages, les grèves, la lutte contre les réquisitions. Nous avons organisé la lutte armée. Nous nous sommes dépensés pour la création des Francs-tireurs et partisans français, qui ont constitué plus tard les neuf dixièmes des Forces françaises de l’intérieur, dont on sait le rôle dans la libération de notre pays. »

Deux mois plus tard, cinq ministres communistes vont faire leur entrée dans le deuxième gouvernement du général de Gaulle, formé le 13 novembre 1945 : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux, Marcel Paul et Charles Tillon. Sécurité sociale, nationalisation des grandes entreprises, création des comités d’entreprise, statut de la fonction publique, grille des salaires, inscription du droit de grève dans la Constitution… Les ministres communistes vont mettre en place, avec le programme du CNR, parmi les plus grandes conquêtes sociales françaises du XXe siècle.

Succès des oranges vendues par les Républicains espagnols

Le meeting des dirigeants du PCF devient une institution, un rendez-vous incontournable des rentrées politiques. Face à la grande scène, des écorces d’orange jonchent le sol de la clairière. Le peuple de la Fête, qui a connu la faim et les privations, savoure à nouveau le jus des oranges, que les Républicains espagnols vendent au prix de 25 francs. De l’autre côté des Pyrénées survit encore le régime fasciste de Franco.

« Aux approches des heures de repas, la foule grossit, encore, si c’est possible, autour des stands de ravitaillement, raconte l’Humanité du 4 septembre. La Famille nouvelle est prise d’assaut. Il faut jouer des coudes pour déguster le délicieux « rancio » des CDH des Pyrénées-Orientales, ou se munir de cidre chez les Bretons émancipés ; on s’installe sous les tonnelles des Filles de France ou autour des nombreuses buvettes, on dévalise les marchands de crêpes et de frites. »

La presse de droite voit rouge. « Ce qui est grave, écrit le journal l’Époque, c’est que les facilités accordées aux organisateurs de cette foire (sic) par les pouvoirs publics, et la publicité qui lui fut faite par la radio et les actualités cinématographiques lui ont conféré à peu près le caractère d’une fête nationale. » La préfecture de police estimera à 930 000 le nombre de participants.

« Plus d’un million ! Jamais Paris ne vit une foule aussi grandiose et enthousiaste ! » titre l’Humanité, qui conte comment, déjà, « un orage de grêle qui se déclencha une demi-heure avant minuit dispersa les derniers visiteurs ». Le journal publie une liste d’objets trouvés, et regrette « de ne pouvoir qu’en deux mots ici remercier le magnifique dévouement des camarades de l’Humanité, qui se sont dépensés sans compter pour mettre au point l’organisation de cette fête grandiose ». « Grandiose », en effet, ce bouquet final du feu d’artifice qui clôtura cette édition, et s’éteignit « par une inscription dans le ciel en lettres de feu : VIVE L’HUMANITÉ ».

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