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23/12/2015

Cinéma : "Adama", un chef-d'oeuvre d'animation en l'honneur des Tirailleurs

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À travers l'odyssée du jeune Adama dans l'enfer des tranchées, ce film nous conte l'histoire de ces Africains perdus dans la mémoire de la Grande Guerre.

Rendre compte du sort des tirailleurs sénégalais durant le carnage de la Première Guerre mondiale dans un film d'animation pour grands et surtout pour petits n'est pas une chose aisée. Pour son premier long métrage, entièrement conçu sur l'île de La Réunion par une cinquantaine de personnes pour un budget de quatre millions d'euros, le jeune réalisateur Simon Rouby a su frapper un grand coup. D'ailleurs, son film labellisé par la Mission du Centenaire a déjà participé à une trentaine de festivals aux quatre coins du monde, du Festival international du film d'animation d'Annecy au Children Film Festival Chicago en passant par le Film Africa London.

Ce conte moderne, à mille lieues des blockbusters aseptisés de Disney, reçoit en guest-star le rappeur Oxmo Puccino, qui non seulement prête sa voix à l'un des personnages du film mais a aussi composé le titre phare de la bande originale.

Une intrigue simple et efficace

L'aventure est menée tambour battant par un enfant en 1916. Du haut de ses douze ans, Adama décide seul de braver l'interdit des anciens en quittant son village d'Afrique de l'Ouest à la recherche de son frère aîné Samba.

Ce dernier s'est enfui pour se faire enrôler au sein de l'armée française dans une ville portuaire. Naïf mais obstiné, Adama part au péril de sa vie sur ses traces en France pour tenter de le ramener, car « le village est un endroit encore préservé, surtout aux yeux d'Adama, qui au début du film y vit comme dans un jardin d'Eden et n'a pas conscience de l'avancée inexorable du monde extérieur.

Pourtant, ce monde colonial et guerrier est en marche et le village ne pourra pas rester intact », explique le réalisateur. Sous les yeux enfantins du héros se dévoile la brutalité de l'enrôlement des tirailleurs sénégalais comme la tragédie subie par tous les soldats, blancs ou noirs, dans les tranchées de Verdun. « Si le film peut avoir comme impact de changer notre regard sur notre histoire, d'aider à comprendre que nos destins au Sud comme au Nord sont inexorablement liés, il aura fait œuvre utile », précise-t-il.

Le film s'inspire de la vie d'Abdoulaye N'Diaye

 

img_tirailleurs_expos.jpgDernier survivant de la Force Noire envoyée par la France sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, Abdoulaye N'Diaye allait enfin recevoir la Légion d'honneur en 1998 lors de la célébration des 80 ans de la victoire de 1918.

Hélas, le 11 novembre, veille de la cérémonie d'honneur, Abdoulaye N'Diaye s'est éteint à 104 ans dans son village de Thiowor au nord de Dakar. Par chance, son petit-fils avait pu recueillir juste à temps les confidences de son aïeul, celles d'un homme contraint de quitter son village pour combattre dans un monde étranger. Le petit-fils les rapporta quelque temps plus tard à Julien Lilti, alors étudiant, qui deviendra coauteur du film Hippocrate, long-métrage nominé aux derniers Césars, et qui se rendra compte du potentiel du récit.

Extrait article publié dans le Point

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19/02/2015

Paris, asile des crimes coloniaux

colonies,guerres,crimes,france,parisLe Colonial Tour 2015, organisé par le réseau Sortir du colonialisme, met en lumière les crimes politiques commis dans la capitale.

France, pays des droits de l’homme. Paris, capitale de la liberté, ville refuge des opprimés. Un havre pour tous ceux dont l’engagement fait planer des menaces sur leurs vies. C’est une réalité reconnue. Au cours de l’histoire, combien de poètes menacés, de militants condamnés, de dirigeants exilés ont-ils trouvé asile sur les rives de la Seine ? Et pourtant…

Pourtant : 21 mai 1959, 13, rue Guénégaud, 6e arrondissement. À l’entrée de son cabinet, les autorités expliquent à la femme de l’avocat Amokrane Ould Aoudia que celui-ci est décédé d’un infarctus. Algérien, il était l’un des membres les plus actifs du collectif de défense des militants du Front de libération nationale. Le lendemain seulement, on révélera que l’avocat est mort d’une balle dans le front.
 
Pourtant : 29 octobre 1965, boulevard Saint-Germain, 6e arrondissement. Le fondateur de l’Union nationale des Forces populaires opposées au roi du Maroc Hassan II, Mehdi Ben Barka, chargé de l’organisation de la Tricontinentale qui doit se tenir à La Havane, est abordé par deux policiers alors qu’il se rend à un rendez-vous à la brasserie Lipp. Il les suit sans faire d’histoire jusqu’à leur voiture où l’attendent déjà un agent des services français et un membre identifié du grand banditisme. C’est la dernière fois qu’on le voit. Son assassinat ne fait aujourd’hui plus de doute.
 
 
Pourtant : 8 décembre 1972, 177, rue d’Alesia, 14e arrondissement. Une bombe dissimulée dans sa table de nuit explose, alors que Mahmoud Al Hamchari est alité. Le jeune homme, Palestinien, avait été envoyé trois ans plus tôt en France par Yasser Arafat, afin d’y monter une représentation palestinienne. Il décède des suites de l’attentat le 9 janvier 1973.
 
Pourtant : 4 mai 1978, 4, rue Rollin, 5e arrondissement. Henri Curiel, militant internationaliste ayant grandi en Égypte et disposant d’un réseau étendu, sort de chez lui pour se rendre à un rendez-vous. Depuis quelque temps, il fait le médiateur entre Palestiniens et Israéliens intéressés par la paix. En bas de l’ascenseur, deux hommes l’attendent. Les balles atteignent Henri Curiel à travers la grille.
Il meurt.
 
colonies,guerres,crimes,france,parisPourtant : 29 mars 1988, 28, rue des Petites-Écuries, 10e arrondissement. La militante anti-apartheid Dulcie September, envoyée à Paris pour représenter l’ANC, arrive à son bureau. Elle a récemment été agressée dans le métro. La police lui a refusé une protection. Ce jour-là, elle est attendue sur le palier. Elle meurt de cinq balles dans la tête.
 
Pourtant : 8 novembre 2012, 341, rue des Pyrénées, 20e arrondissement. Nadarajah Mathinthiran quitte le Comité de coordination Tamoul en France, qu’il dirige. Quelque temps auparavant, il a essuyé une agression au sabre. Ce soir-là, ce sont des armes à feu qui ont raison de lui. Il meurt sur le trottoir.
Pourtant : 9 janvier 2013, 147, rue La Fayette, 10e arrondissement. Trois figures du PKK, le parti autonomiste kurde de Turquie, trois femmes emblématiques de trois générations de combattantes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez, sont assassinées par balles, dans leur local du centre d’information du Kurdistan.
 
Cette liste est loin d’être exhaustive. Elle pourrait être complétée d’autres noms, d’autres adresses. Iraniens, Syriens, Algériens, Palestiniens…, ils sont hélas nombreux à être morts à Paris alors qu’ils pensaient y trouver la sécurité.
 
Les affaires citées ci-dessus sont celles choisies par le réseau Sortir du colonialisme, organisateur de la Semaine anticoloniale, pour leur troisième Colonial Tour : une traversée de Paris en autocar, ponctuée d’arrêts en des lieux porteurs d’une partie d’histoire, chaque fois racontée par un grand témoin. Thème cette année : « Paris capitale des crimes coloniaux ».
 
Un but : alerter. Car ces crimes ne sont ni un hasard ni une fatalité. Pour les organisateurs de l’événement, ils sont en fait permis par l’impunité organisée en France. Car aucun des crimes cités dans cet article n’a jusqu’à aujourd’hui donné lieu à la moindre poursuite judiciaire. Et pourtant, les commanditaires de nombre de ces assassinats sont connus. On sait que c’est le Mossad qui a assassiné Mahmoud Al Hamchari sur ordre de Golda Meïr.
 
On sait que le Royaume du Maroc et particulièrement son ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Oufkir, seraient derrière la disparition de Mehdi Ben Barka. On sait que le gouvernement d’apartheid sud-africain n’est pas étranger à l’assassinat de Dulcie September, et que ses exécutants sont probablement des mercenaires issus de la bande de Bob Denard.
 
On se doute, car il y a eu des aveux que le gouvernement turc se cache derrière l’éxécution des militantes kurdes… « L’impunité est non seulement intolérable sur le plan moral, mais elle a en plus une conséquence : elle encourage d’autres assassinats politiques. On sait qu’en France, si on décide de procéder de la sorte, on ne risque pas grand-chose », se désole l’avocat Antoine Comte, qui a travaillé sur plusieurs de ces dossiers ultrasensibles. Souvent, il s’est heurté au secret d’État. Parfois, les assassins identifiés avaient été renvoyés dans les pays commanditaires… par les autorités françaises.
 
Alors les militants de Sortir du colonialisme lancent cette année un appel aux autorités pour que « ces crimes ne restent pas impunis ». Hier, alors que l’autocar roulait des lieux d’un crime à un autre, Louis-Georges Tin, président du Cran et membre du réseau, recevait un appel. C’était le cabinet de la garde des Sceaux, Christiane Taubira. La chancellerie recevra vendredi ceux qui continuent d’exiger que la France ne soit plus le « pays des crimes politiques impunis ».
 
Adrien Rouchaleou pour l'Humanité
 
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31/10/2014

Le glas du « temps béni » des colonies

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Personne n’avait vu venir le FLN. Ni la police coloniale, ni les partis nationalistes déchirés par une crise, 
ni les communistes algériens. Le pays semblait calme.

Une ambiance conviviale et festive régnait en Algérie.«Je peux vous dire, Monsieur le ministre, que l’Algérie est calme et le restera », déclarait Raymond Laquière, président de l’Assemblée algérienne, au ministre de l’Intérieur François Mitterrand en visite ce 19 octobre 1954 en Algérie.

algerie3.jpgLaquière, dit Raymond la Haine, patron d’un brûlot antisémite, la Presse libre, sous Vichy, qui se voyait président d’une Algérie française indépendante, ne pensait pas si bien dire.

Après l’écrasement des manifestations du 8 mai 1945 dans l’Est algérien, qui aurait donné, selon le général Raymond Duval, dix ans de paix, puis le démantèlement en mars 1950 de l’OS (Organisation secrète) dirigée par Mohamed Belouizdad, structure militaire mise en place par le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) pour préparer le déclenchement de la lutte armée, Alger et le reste de l’Algérie semblaient couler des jours tranquilles.

Et ce n’est pas le procès à huis clos des membres de l’OS en février et juin 1951 à Oran et Annaba, donnant lieu à des manifestations de solidarité, encore moins les luttes sociales qui émaillèrent l’Algérie entre 1951 et novembre 1954 ou la tournée mouvementée de Messali Hadj, le leader nationaliste, entre le 1er et le 14 mai 1952 dans le centre du pays, ou encore ces rumeurs sur l’existence de « bandits d’honneur » dans les Aurès et en Kabylie, qui allaient troubler la tranquille assurance de l’appareil colonial.

En cet été 1954, une ambiance conviviale, insouciante et festive régnait dans le Alger colonial et ailleurs dans le pays.

Le 15 juin, Arlette Feira, dix-huit ans, était élue Miss Alger. Des bals étaient organisés un peu partout. Le soir venu, sur le littoral algérois, dans les banlieues à dominante européenne où des stars de la chanson française se produisaient, la fête battait son plein.

En septembre, c’était la fête des vendanges. Dans la partie européenne d’Alger, en cette fin d’été, une clientèle essentiellement européenne achetait vêtements et effets scolaires pour ses enfants dans les grands magasins du centre-ville. Les terrasses des cafés bars des rues d’Isly et Michelet, interdites de facto aux non-Européens, étaient bondées.

Les cinémas du centre-ville (le Colisée, le Paris, le Versailles, le Casino, le Club ou le tout nouveau cinéma le Français) projetaient les mêmes films qu’à Paris. Nul pressentiment, en cette fin d’été et de début d’automne 1954, de ce qu’il allait arriver. C’est à peine si le 9 septembre, le tremblement de terre d’Orléansville (Chlef aujourd’hui), qui fit plus de 1 500 morts, allait perturber la quiétude coloniale.

Bouillonnement contestataire

Pourtant, les signes annonciateurs ne manquaient pas. L’arrivée le 26 juillet 1953 à Alger des corps des sept victimes de la répression du 14 juillet place de la Nation, à Paris, avait donné lieu à une manifestation rassemblant plus d’un millier de personnes et à des cortèges de milliers de gens dans les localités où ils ont été inhumés comme à M’Chedallah en Kabylie ou Nedroma (ouest de l’Algérie).

Ou encore les tirs de la police sur des manifestants protestant contre l’arrestation de militants du MTLD à Nedroma le 29 janvier 1954 faisant un mort et plusieurs blessés, ou contre les grévistes de l’entreprise Lafarge à Constantine en février. Les rassemblements de chômeurs se multipliaient dans l’Algérie profonde, tandis que dans le nord de l’Algérie, au moment des vendanges, des milliers de personnes venues du bled, chassées par une « famine chronique », selon Alger républicain, campaient aux abords des domaines viticoles, dans l’espoir d’une embauche saisonnière.

De plus, la représentation politique ségrégationniste à l’Assemblée algérienne (60 élus pour neuf millions de « musulmans » et 60 élus pour le million d’Européens) sur fond de trucages électoraux a fini par convaincre les Algériens de l’impossibilité d’une amélioration de leur situation dans le cadre colonial.

D’autant que la défaite de Diên Biên Phu le 8 mai 1954 (plusieurs milliers de tirailleurs algériens y étaient engagés) avait marqué les esprits : le colonialisme n’est pas invincible, entendait-on dans les rangs nationalistes. Par ailleurs, les Algériens étaient à l’écoute des situations en Tunisie et au Maroc, deux pays vivant sous le régime du protectorat, ce qui n’était pas le cas de l’Algérie, organisée en trois départements français, française depuis 1830 avant même que la Savoie ne le devienne.

L’essor de la lutte armée

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C’est à l’ombre de ce semblant de normalité coloniale, sur fond d’implosion du MTLD en deux tendances rivales (l’une fidèle au fondateur du parti, Messali Hadj, qui organise son propre congrès en juillet 54 à Hornu (Belgique), l’autre, dite centraliste, répliquant par un contre-congrès en août votant la déchéance de Messali), que de jeunes activistes du parti, conduit par Mustapha Ben Boulaid et Mohamed Boudiaf, préparent le déclenchement de la lutte armée.

Et ce, après avoir échoué, via la création du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (Crua) en mars 1954, à ressouder les rangs du parti. En juin, le Crua est dissous pour laisser place à un comité formé de 22 membres, plus connu sous le nom de Groupe des 22, lequel décide au cours d’une réunion tenue au Clos Salembier à Alger du « déclenchement de l’insurrection armée, seul moyen pour dépasser les luttes intestines et libérer l’Algérie ».

À la tête des « 22 », qui avaient en commun d’avoir appartenu à l’OS, cinq hommes (Boudiaf et Ben Boulaid, cités plus haut, Mourad Didouche, Larbi Ben M’Hidi et Rabah Bitat) avant qu’un sixième, Krim Belkacem, déjà à la tête d’un maquis en Kabylie depuis 1947, ne vienne compléter ce groupe des fondateurs du FLN dont le plus vieux avait trente-sept ans et le plus jeune vingt-sept ans. Le 10 octobre 1954, ces hommes créent une organisation politique, le Front de libération nationale (FLN), et une structure militaire, l’Armée de libération nationale (ALN).

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L’Algérie est divisée en six régions politico-militaires dont chacun des « 6 » prendra la direction, qui fixent la date du déclenchement de la lutte armée au 1er Novembre 1954. Juste avant, à Ighil Immoula en Kabylie, un groupe de militants tirent sur une vieille ronéo l’appel du 1er Novembre annonçant aux Algériens le début de la lutte armée.

Ce jour-là, par un temps gris et pluvieux, alors qu’on inaugurait, sur les hauteurs d’Alger et en présence d’une foule enthousiaste, le cynodrome, une trentaine d’actions armées avaient lieu à travers le territoire algérien. Elles sont revendiquées par le FLN, une organisation inconnue des services de police.

La surprise est totale. L’administration coloniale est prise de court. Et les partis algériens sont mis devant le fait accompli et contraints de se déterminer quand ils verront que le « feu a pris ». Le MTLD et Messali Hadj sont désignés par les médias ainsi que l’Égypte de Nasser.

Ce qui était alors qualifié de flambée de violence était en fait le prélude d’une véritable guerre de libération mobilisant dès 1956 plus de 600 000 soldats. Entre 1954 et 1962, ils seront plus de deux millions de conscrits à traverser la Méditerranée. Ce 1er Novembre 1954, « l’Algérie de papa » aura vécu.

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Dans la région de Constantine, deux soldats français, appelés du contingent, posent avec leure jeune prisonnière algérienne, soupçonnée de son soutien pour le FLN. Mise à nu, elle sera violée puis tuée ; une pratique récurrente pendant la Guerre d'Algérie. Photo prise par un appelé du contingent.

17:31 Publié dans Colonies, Guerre, Libération | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : algérie, 1954, libération, colonie, mitterand | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |