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17/10/2015

Rivesaltes, mémoire des camps français

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Vendredi 16 octobre a été inauguré le mémorial du camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, où furent internés réfugiés espagnols républicains, juifs, tziganes en 1941-1942, puis harkis en 1962. Entretien avec l'historien Denis Peschanski, directeur 
du conseil scientifique 
du mémorial.

Quand le camp de Rivesaltes a-t-il été créé ? À quoi devait-il servir ?

Denis Peschanski Les premiers convois d’internés arrivent le 14 janvier 1941. Il était déjà envisagé, depuis quelque temps, de se servir de ce vaste espace de 600 hectares qui n’était encore qu’un camp militaire. La crise des camps français à l’automne 1941, avec une croissance spectaculaire de la mortalité, va pousser les autorités françaises, sous la pression des pays étrangers et des œuvres d’assistance, à trouver cette solution. Le camp était en dur et l’on s’imaginait que des internés affaiblis supporteraient la vie dans cette plaine de Rivesaltes battue par le vent, terrible, le froid l’hiver et la chaleur suffocante l’été. Comme si la pénurie alimentaire allait être réglée parce qu’on changeait de lieu ! Les premiers mois dans le camp ont pourtant montré la dure réalité.

Avec l’arrivée des réfugiés républicains espagnols, le camp a-t-il changé d’échelle et de fonction ?

Denis Peschanski En fait, à la différence de ceux qu’on appelle les « camps de la Retirada », construits ou mobilisés juste après la défaite de la République espagnole en 1939, Rivesaltes ouvre plus tardivement. Pourtant, les Espagnols représentent 53 % de la population internée à Rivesaltes entre janvier 1941 et novembre 1942, soit 9 000 des 17 500 personnes passées par le camp. Ils furent alors internés au nom de la logique d’exclusion qui était au cœur du régime de Vichy. Pour les gouvernants de l’État autoritaire, rien ne servait de lutter contre l’occupant, il fallait régénérer la société française de l’intérieur, et rassembler les éléments dits « purs » autour des valeurs traditionnelles et exclure les éléments dits « impurs » considérés comme responsables de la défaite. Ces figures de « l’anti-France » pour reprendre les mots de Pétain, avaient pour noms : l’étranger, le juif, le communiste et le franc-maçon. En cela, les Espagnols et les juifs étrangers présents à Rivesaltes étaient bien sûr des cibles.

Pendant l’Occupation, Rivesaltes devient l’antichambre 
de la Shoah. Est-il devenu un maillon de l’extermination nazie ?

Denis Peschanski Le camp de Rivesaltes joue en effet un rôle crucial et singulier. Un changement majeur s’opère à l’été 1942 : ce n’est plus la logique d’exclusion de Vichy qui prime mais la logique de déportation pour l’extermination des juifs de France voulue par l’occupant nazi. Au nom de la collaboration, Vichy va accepter de cogérer la mise en œuvre de la solution finale en France. Il faut savoir que, entre août 1942 et novembre 1942, près de 10 000 juifs de zone sud sont livrés aux Allemands 
par Vichy, soit avant l’entrée du premier soldat allemand dans « la zone libre ».

Neuf convois partiront de Rivesaltes jusqu’à sa fermeture. Mais le camp de Rivesaltes devient, début septembre, centre interrégional de déportation : dès lors et jusqu’en novembre, tous les juifs de zone sud livrés aux Allemands seront d’abord rassemblés à Rivesaltes qui, pour reprendre l’expression de Serge Klarsfeld, devient « le Drancy de zone libre ». Au total, près de 2 300 juifs sont déportés du camp. Mais on retiendra aussi qu’ils étaient près de 5 000 à être rassemblés à Rivesaltes durant ces mois terribles.

C’est le camp dont le plus de juifs ont pu échapper à la déportation. Phénomène exceptionnel dû à la mobilisation des œuvres d’assistance (Secours suisse aux enfants, OSE, Cimade, YMCA, etc.) qui ont su associer action légale, qui leur permettait d’être acceptées dans le camp, et action illégale, pour aider au sauvetage. Elles étaient aidées par un personnage étonnant, Paul Corazzi, envoyé par le préfet pour le représenter dans ces opérations, et qui va immédiatement travailler main dans la main avec les œuvres. Ils ont tout fait, en particulier pour sauver les enfants et, effectivement, très peu d’enfants (mais trop) sont partis de Rivesaltes vers les chambres à gaz.

L’un des moyens était simple en apparence : il fallait que les mamans signent un papier par lequel elles abandonnaient leurs enfants qui, dès lors, étaient confiés aux œuvres et exfiltrés immédiatement. Imaginez ce qu’a pu être ce double traumatisme, 
chez la mère et chez l’enfant.

En 1962, 20 000 harkis sont regroupés dans le camp de Rivesaltes... Ce camp a servi à interner des populations très différentes. N’est-il pas difficile aujourd’hui d’en faire un lieu de mémoire commun à tous ces gens ?

Denis Peschanski De fait, l’originalité de ce camp est de rendre compte des deux traumatismes du second XXe siècle français : la Seconde Guerre mondiale et la guerre 
d’Algérie. Plus de 21 000 harkis, ces supplétifs de l’armée française en Algérie, sont passés par ce camp entre 1961 et 1964. Quelques voix se sont alors élevées parmi les anticolonialistes pour dénoncer le sort qui leur était fait, comme Pierre Vidal-Naquet. Au sortir de la guerre d’indépendance, ils étaient rejetés par l’Algérie, non désirés par le gouvernement français, marginalisés par une opinion française. La principale difficulté fut donc de trouver un récit partagé d’histoires et de mémoires si différentes. Pas question de mettre un signe d’égalité entre ces populations. Pourtant, il y a unité de lieu (le camp) et même logique de déplacements forcés de population. Au-delà, cela signe la dimension humaniste revendiquée de ce mémorial : ceux qui viennent comprendre une histoire qui leur est proche vont découvrir d’autres destins passés par le lieu.

L’inauguration du mémorial a lieu alors que, à nouveau, des réfugiés convergent vers l’Europe. L’histoire de Rivesaltes peut-elle aider la population française à trouver les bonnes réponses ?

Denis Peschanski Oui. Profondément oui. Le dernier film que nous présentons dans le parcours a été tourné en juin dernier. Nous avions décidé de mettre en scène un 
dialogue entre Philippe Leclerc, le représentant en France du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), et moi-même. La question était simple : le XXe siècle a été celui des guerres, des camps, des déplacements forcés de population.

Qu’en est-il en ce début 
de XXIe siècle ? Et Philippe Leclerc nous alerte : avec 60 millions de déplacés, singulièrement autour de la guerre de Syrie, le monde connaît un pic inégalé ; et l’Europe ne doit pas rechigner devant l’accueil de quelques centaines de milliers d’entre eux quand on sait, 
par exemple, que ces réfugiés représentent près du cinquième de la population du Liban ! Alors, je n’ajouterai qu’une chose : debout les consciences !

Denis Peschanski est  Historien, directeur 
du conseil scientifique 
du mémorial

Entretien réalisé par Dany Stive, L'Humanité

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18:09 Publié dans Actualité, Guerre d'Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rivesaltes, déportation, camps | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

28/09/2015

Anciens et nouveaux « collabos ». Ils sont une offense à notre pays. Ils le déshonorent.

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Des dizaines de milliers de descendants de Républicains espagnols, fils, filles, petits-fils (filles) du premier exode massif du 20 siècle, vivent avec douleur l’attitude de « la France officielle », macronisée, dans la « crise des migrants »... que nous sommes tous.

Cette France des classes dominantes, prêtes à tout, et d’abord aux « réponses sécuritaires », pour conserver pouvoir, privilèges, hégémonie, est celle des féodaux, des Versaillais, des émigrés de Coblentz, de la Cagoule, des Maîtres des Forges, des « Croix de Feu », des anti-Dreyfusards, de la « milice », des pétainistes, celle qui depuis le début des années 1930, fascinée par le « modèle allemand », prépara la fascisation de la démocratie et la liquidation de la République, cette « gueuse ».
Tout fut volontaire, organisé, délibéré... Le vernis démocratique vite jeté aux orties par intérêt de classe.
Lorsque nos parents, ces premiers antifascistes, vaincus, abandonnés par toutes les « démocraties », arrivèrent par milliers à la frontière catalane, la France officielle ne fut pas dépassée. Elle savait que la Catalogne tombée, la « Retirada » provoquerait un exode très nombreux. Face au drame annoncé, Elle, qui par la « non intervention » préféra Franco au « Frente-crapular », promut le « chaos », la xénophobie, parlant y compris « d’invasion »... au lieu de simple humanité. Les mêmes, toujours les mêmes !
La France des « élites » avait depuis longtemps, par « anti-bolchévisme », choisi la défaite, donc son camp : celui de Franco. Voilà pourquoi elle humilia nos parents et en parqua 275.000, sur près de 500.000, dans des camps dits à l’époque « de concentration », entourés de barbelés et surveillés par d’arrogants gendarmes et des forces militaires « coloniales » fanatisées. Ces camps : Argelès, Barcarès, Gurs, Collioure, le Vernet, Setfonds, Saint-Cyprien, Rieucros... Aujourd’hui , nous les « héritiers », portons encore en nous cette blessure originelle, et ce traumatisme fondateur.
 
Le gouvernement Daladier, « de gauche », « queue du Front populaire », à majorité radical-socialiste, investi le 10 avril 1938, menait à la fois une guerre anti-ouvrière (« Plan de redressement économique et financier », « assouplissement de la loi des 40 heures », tiens , tiens !), une répression ciblée, contre les communistes, et criminalisait les « étrangers », surtout « les mauvais étrangers », les « rouges ». Valls n’a rien inventé...
Dès le 12 avril 1938, (puis en novembre) des décrets répriment les « propagandes étrangères » et engagent la chasse à tous les « mauvais étrangers », aux « indésirables »... Plus tard, les décrets-lois des 12 et 19 avril 1939, renforcent cette traque aux « indésirables » : les antifascistes de la MOI, les militants de diverses nationalités réfugiés en France, traités comme des chiens, et qui seront les premiers à prendre les armes (en France, cette France qui foula aux pieds leur dignité), pour continuer un combat antifasciste sans frontière, porteurs d’une « patrie d’idéal ».
 
Ces « envahisseurs » furent, par internationalisme, par antifascisme, plus « patriotes » que beaucoup de Français « de souche » !
Par haine de classe, le 12 novembre 1938, fut adopté un décret sur « l’internement des étrangers indésirables » dans des « centres (bien) spéciaux » (déjà !). La première réaction de cette France des « élites », de la « synarchie », des collabos, et de quelques brebis « de gauche » faussement égarées, fut de renvoyer ces « rouges dangereux » en Espagne, donc à la mort. A la fin 1939, les deux-tiers des réfugiés des « camps de la honte », avaient, le plus souvent sous la contrainte, repris le chemin du retour. Les autres furent contraints au travail forcé, dans des « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) militarisés, surveillés par les services français, les franquistes et les agents nazis.
 
La France versaillaise, fébrilement « germanophile », nomma ambassadeur en Espagne franquiste (choix ô combien symbolique), un certain Philippe Pétain. Choix délibéré. La France reconnut le gouvernement putschiste de Burgos avant même la fin officielle de la Guerre (premier avril 1939). Un inédit dans les relations internationales !
 
Par les «accords Bérard-Jordana » (27 février 1939) , un « deuxième Munich », la France de « la bonne société » une nouvelle fois capitula délibérément, devança même la demande, et s’engagea à livrer à Franco les 50 tonnes d’or que les autorités espagnoles avaient déposé en 1931 à Mont-de-Marsan (annexe de la Banque de France), et qu’elle avait refusé aux gouvernements républicains (au nom de la « non intervention » !) lorsqu’ils en firent la demande. Ah, la farce de cette si interventionniste « non intervention » !!
 
Pétain ambassadeur allait « s’occuper » de ces antifascistes étrangers gênants, « subversifs », et travailler à ce que des milliers soient refoulés et livrés de force à l’ami, l’allié, Franco. Pétain alla jusqu’à vanter le régime franquiste.
 
Début août 1939, il adressa un message officiel au « caudillo » « par la grâce de Dieu » et d’Hitler, louant l’architecture d’une Espagne « pacifiée et pacifique, une, grande, libre » (Voir le lumineux « De Munich à Vichy », de Annie Lacroix-Riz, éditions Armand Colin,  p. 121)
 
La « grande presse » française se déchaînait contre ces « hordes d’envahisseurs » espagnols.
 
esprefugiés.gifLe 9 février, la semaine même où des milliers de combattants de la liberté, de femmes, d’enfants, épuisés, affamés, bombardés en permanence, arrivaient à la frontière de ce qu’ils croyaient « le pays des droits de l’homme », l’éditorialiste du « Patriote des Pyrénées », quotidien à grand tirage, écrivait : « En un siècle où ne règne que la force, où la moindre faiblesse se paie par le sang, il est déjà bien que nous n’ayons pas refoulé la « horde wisigothique ».
 
Pagès dénonçait « le danger de contagion morale et physique, sans compter les femmes, plus indésirables que leurs compagnons, qui vont rôder dans tout le sud-ouest ». La France vit les évènements d’Espagne par procuration. La guerre idéologique fait rage. L’opinion publique, chauffée à blanc, est majoritairement hostile à « l’invasion », avale la xénophobie officielle et l’austérité pour les « classes dangereuses ».
 
Seules la CGT, beaucoup de mairies de gauche, le parti communiste, des militants d’autres partis de gauche, le Secours Rouge, des associations et organisations humanitaires, le Comité international pour l’aide à l’Espagne républicaine, des intellectuels comme Paul Langevin, le libertaire comité « Solidarité internationale antifasciste », etc. sauvent l’honneur de la France en organisant, par solidarité de classe, et/ou simple humanisme, un accueil solidaire.
 
Oui, disons-le et répétons-le, crions-le jusqu’à satiété, les mêmes, toujours les mêmes !
 
Jean Ortiz, l'Humanité
 
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17/05/2015

«Transition» espagnole: assez de bourrage de crâne!

FrancoHitler.jpgQu’appelle-t-on « transition » en Espagne ? En général la période qui va de la mort de Franco (20 novembre 1975) aux élections « démocratiques » gagnées (majorité absolue) par le PSOE, conduisant à l’alternance politique du 28 octobre 1982 ; un PSOE peu présent dans l’anti-franquisme, « dé-marxisé » en 1978 par Felipe Gonzalez pour être plus « présentable », et ramasser la mise. Cette définition de la « transition » est contestable.

Le seul et premier référent démocratique reste la Seconde République de 1931, même si la République a été consensuellement sacrifiée sur l’autel du rétablissement de « la démocratie » ; une démocratie par ailleurs bancale, incomplète, une Constitution non laïque, prônant l’économie de marché, un roi chef d’Etat et d’une armée garante de « l’unité de l’Espagne », une loi électorale profondément injuste favorisant le bipartisme « libéral », et une monarchie illégitime (pas de consultation référendaire du peuple espagnol). Par ailleurs, la monarchie est par définition non démocratique, vu que le pouvoir n’y émane pas du peuple des « citoyens ».

Par conséquent, la véritable « transition » reste, selon nous, à mener à bien.

Aujourd’hui, tout le modèle politique que les « transitionnalistes » nous ont tant et tant vanté, la monarchie prétendument « immaculée », la « transition », ce paradigme exportable que supposément le monde entier enviait, apparaissent obsolètes, en décalage total avec les profondes mutations d’une Espagne plurinationale, et d’une société qui veut sortir de l’étouffoir post et néo-franquiste.

Pour comprendre la situation de crise structurelle, globale, que vit cette Espagne aujourd’hui, ainsi que le moment actuel d’accélération de l’histoire, le jaillissement inédit de « Podemos », il faut partir de cette « transition », de ce mythe qui se décompose, et la-le « déverrouiller » définitivement, en finir avec le bourrage de crâne d’une « démocratie exemplaire », « octroyée »... Les uns et les autres, franquistes « d’ouverture » (« Alliance Populaire », « Centre Démocratique et social »), gauche modérée (PSOE) et communiste (PCE), majoritairement « carrilliste », ont voulu faire de la « transition » un récit fondateur, identitaire, « modélique » ; or nous sommes loin de la réalité.

C’est parce que la « transition » reste une « histoire du présent » que le moment exige de remettre en cause toutes les mythifications, les mystifications, sur cette période déterminante de l’histoire espagnole. Ce sont en fait les classes dominantes franquistes, la finance, qui ont fait la « transition », et qui se sont par ailleurs très vite démocratiquement recyclées dans la monarchie parlementaire, qui ont basculé sans aucun scrupule, à peine maquillées, du côté de la nouvelle donne « démocratique », voire « socialiste».

La principale critique que l’on doit porter à la « transition », c’est qu’elle n’a pas marqué de rupture de fond avec le franquisme, que l’Espagne n’a pas été véritablement défranquisée. Le poids des forces sociales et politiques les plus déterminées n’a pas été suffisant pour imposer une rupture pleinement démocratique avec la dictature.

espagne,franco,hitlerPeu à peu la politique des compromis a entraîné la démobilisation du peuple. C’est donc la politique des « pactes », le projet du système, celui porté par le « centriste » de l’UCD Adolfo Suarez, nommé le 3 juillet 1976 président du gouvernement, qui l’a emporté. Le secrétaire général du puissant PCE, Santiago Carrillo, et A Suarez, franquiste « modernisateur », « réformiste », dernier Secrétaire général du parti unique franquiste (le « Mouvement national ») et recyclé en démocrate UCD, restent les deux principales figures politiques qui ont ourdi l’essentiel de l’architecture de la « transition », avec l’accord global du roi Juan Carlos, héritier du dictateur.

Le PCE était le grand parti de l’anti-franquisme, le principal référent antifasciste. Lors de la Semaine sainte de 1977, le 9 avril, la direction du PCE, par la négociation, « imposa » pour les uns, « troqua » pour les autres, la légalisation du parti contre le renoncement à la République et à son drapeau... Le référendum constitutionnel du 6 décembre 1978 (87,8% de « oui ») paracheva un consensus contre-nature.

Dès lors, le PCE, déchiré entre courants opposés, inscrivit son action dans le cadre des pactes de « la transition », (Loi pour la Réforme politique approuvée par référendum le 15 décembre 1976...) et d’une monarchie « poutre maîtresse » du continuisme franquiste, des intérêts de l’oligarchie. Le PCE implosa et s’affaiblit considérablement...Il changea de cap tardivement mais radicalement, à son 18ième congrès, en 2009 ; il s’engagea dans une mutation difficile, considérant la « transition » « épuisée », l’analysant comme le rétablissement de la dynastie des Bourbons, et prônant désormais une Troisième République anticapitaliste, sociale, fédérale, répondant aux défis d’aujourd’hui, et notamment à la crise du « pacte territorial ».

REPOLITISER

Dans les années 1970, dans le cadre de fortes pressions internationales « occidentales », et d’un climat anxiogène de peur, réel, mais volontairement surévalué, toutes les grandes forces politiques espagnoles ont donc contribué à évacuer de la « transition » le contenu social de classe, à la dépolitiser. Qu’est-ce que le Pacte de la Moncloa (25 octobre 1977), signé par l’ensemble des grandes forces politiques et syndicales, soutenu par le PCE, sinon la volonté de modérer les revendications pour ne pas gêner le processus consensuel en cours, de mettre le pied sur le frein de l’activisme social ?

On sait aujourd’hui que la « transition » a été supervisée, au printemps 1977, par une alliance entre les Etats-Unis, la CIA (Vernon Walters, numéro deux de la centrale, H. Kissinger, déstabilisateur du Chili d’Allende) et la social-démocratie (W. Brandt, président de l’Internationale Socialiste, H. Smith, chancelier allemand). Pour Washington, il fallait ripoliner le franquisme afin de maintenir l’Espagne à tout prix sous contrôle « occidental » (l’Espagne adhéra à l’OTAN en décembre 1981). La « transition » ne fut pas aussi « pacifique » que certains historiens le prétendent encore (répression violente du 1er mai 1977, 5 ouvriers assassinés à Vitoria le 3 mars 1976).

Sans rupture donc, le franquisme social, idéologique, politique, économique, a continué (certes sans le dictateur), à survivre allègrement. La loi d’amnistie du 16 octobre 1977 (votée par tous à l’exception de la néo-franquiste « Alianza Popular » de Fraga Iribarme), amnistiait à la fois les bourreaux et leurs victimes, verrouillait (et verrouille encore, le juge Garzon s’y est cassé les dents) l’impunité du franquisme. Au nom de la « réconciliation » imposée, d’une imposture : la « responsabilité collective », au nom de l’effacement des responsabilités, elle renvoie en quelque sorte dos-à-dos franquistes et antifascistes. Elle ne solde pas véritablement les comptes du franquisme. L’article deux stipule : sont amnistiés « les délits commis par les fonctionnaires et agents de l’ordre public contre l’exercice des droits des personnes ».

Tout au long de la « transition », les classes dominantes ont garanti (et garantissent encore) le statut structurant, hégémonique, du « bloc oligarchique ». De plus, elles ont voulu « tirer un trait sur le passé », qui désormais refait surface. Elles ont imposé «le pacte de l’oubli ». L’oubli (en surface) résulte donc de stratégies politiques, d’un pacte entre deux « camps » très inégaux, et non d’une prétendue amnésie des Espagnols.

Il découle de tout cela que l’Espagne n’a pas fait de l’antifascisme un élément clé de son identité. Elle peut « s’enorgueillir » de posséder le seul parc thématique fasciste au monde : « le Valle de los Caídos », la « Vallée des Morts », à la gloire des « vainqueurs de la croisade », et dont la géante basilique-tombeau de Franco a été creusée dans la roche par des milliers de prisonniers politiques esclaves.

Ce parc national, entretenu aux frais des contribuables, rappelle que le soulèvement politico-militaire de juillet 1936 était bien une implacable contre-offensive de classe afin d’exterminer ces ouvriers des villes et de la campagne qui mirent en cause, par la République (très réformiste) proclamée le 14 avril 1931, et la victoire électorale du Front Populaire en février 1936, les intérêts des classes dominantes. Il leur fallait anéantir à tout jamais tout projet de justice sociale. Sans retour en arrière possible. C’est pourquoi le franquisme fut l’une des dictatures les plus longues et sanglantes de l’histoire contemporaine...et la « transition » un bricolage de classe.

Par Jean Ortiz, universitaire, article publié par l'Humanité

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21:01 Publié dans Espagne, Guerre d'Espagne, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espagne, franco, hitler | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |