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06/09/2015

TRAVAIL ET DEVOIR DE MEMOIRE

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diegojuste.jpg"Je veux dire que l'Homme a un tyran : l'ignorance" Victor Hugo

Si le devoir de mémoire est un acte naturel et indispensable pour rendre hommage à tous ceux vivants ou disparus ont participé à notre histoire commune pour défendre les valeurs inscrites dans notre devise : la liberté, l'égalité la fraternité, le travail de mémoire est une notion beaucoup plus large de recherche, et de rappel sur tout ce qui concerne l'histoire universelle.

Le travail et le devoir de mémoire sont des éléments incontournables pour comprendre le présent, éviter les erreurs, les drames de hier et construire le futur.

Ils ne relèvent pas que de de l'éducation nationale qui bien sûr a un rôle majeur, mais de chacun de nous tous.

Diego Diaz

Conseiller Municipal d'Evry, délégué au monde combattant et au travail de mémoire

Animateur du blog Histoire, et du groupe FB Mémoire Vive

 

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25/06/2015

Les cent dix ans de la création du Parti socialiste

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En avril 1905, dans la salle du Globe à Paris, les différentes tendances socialistes sont réunies pour se fondre dans un parti commun à tous. 
Le nouveau parti doit compter moins de trente mille adhérents. 
Jaurès y joue un grand rôle. L’unité se fait autour du combat de classe.

Du 23 au 25 avril 1905 se réunit salle du Globe, 8 boulevard de Strasbourg à Paris, aujourd’hui disparue, le congrès de l’unité socialiste. Les séances se tiennent à huis clos et en tant que telles, elles n’auraient aucune raison de figurer dans les annales de l’histoire du mouvement ouvrier.

Il s’agit simplement de ratifier les décisions prises après plusieurs mois de négociations par les diverses organisations socialistes du pays. L’événement est la création d’une organisation politique commune, le Parti socialiste, section française de l’Internationale ouvrière, qui rassemble les anciens Parti socialiste français de Jaurès, le Parti socialiste de France de Guesde et Vaillant, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire d’Allemane et sept fédérations autonomes.

L’union n’est pas absolument générale. Quelques élus du PSF répugnent à s’éloigner de l’entente parlementaire avec les radicaux et les modérés laïques qui ont fait vivre plusieurs années le Bloc des gauches. Aristide Briand et René Viviani notamment hésitent, et finalement préfèrent s’engager dans une longue (et plutôt brillante) carrière ministérielle, à gauche… ou un peu moins ! Dès mars 1906, Briand devient ministre de l’Instruction publique et en octobre Viviani le rejoint au gouvernement comme ministre du Travail. Socialistes indépendants, ils forment plus tard un Parti républicain socialiste pour servir de lieu d’accueil aux élus socialistes souhaitant rester dans le jeu gouver-
nemental.

Il n’en va pas de même pour Jaurès et nombre de ses amis (Rouanet, Pressensé, Longuet, Renaudel…). Certes, Jaurès est toujours convaincu de la justesse de son soutien à la défense républicaine et à l’action laïque des gouvernements Waldeck-Rousseau (1899-1902) et Combes (1902-1905). Cette politique a obtenu des résultats tangibles : la loi de séparation des Églises et de l’État est en passe d’être votée, bientôt le seront celles du service militaire à deux ans, du repos hebdomadaire le dimanche… Mais ses limites sont visibles.

Le Bloc des gauches s’est dilué. Ses éléments les plus modérés ont pris le dessus avec le gouvernement Rouvier (1905-1906). Le blocage face aux questions économiques et sociales se fait de plus en plus net. Décidément, la réforme fiscale annoncée et attendue, celle de l’impôt sur le revenu, n’est pas pour demain ! Jaurès estime que même pour une stratégie parlementaire et réformiste, il aurait besoin d’une force socialiste organisée et en état de faire pression.

Jaurès est convaincu d’un risque proche de guerre internationale

C’est de plus une condition indispensable au rétablissement du dialogue avec les organisations syndicales de plus en plus déçues, voire ulcérées, par les atermoiements parlementaires face à des revendications élémentaires sur les salaires, la journée de travail (les huit heures six jours sur sept) ou les conditions de sécurité… La Confédération générale du travail (CGT) unie aux bourses du travail tient un langage de plus en plus révolutionnaire. Enfin, n’oublions pas que Jaurès est… socialiste. Pour parvenir à une société où les moyens de production et d’échanges seront une propriété sociale, collective, gérée par les travailleurs eux-mêmes, il est logique de regrouper tous les socialistes.

En outre, et peut-être surtout, Jaurès, mais aussi d’autres dirigeants tel Vaillant ont des préoccupations internationales. Au congrès d’Amsterdam (août 1904), l’Internationale s’est à nouveau prononcée contre la participation ministérielle à des gouvernements bourgeois. Certes, Jaurès a été ménagé. Son rôle dans l’affaire Dreyfus, son prestige impressionnent. Mais Jaurès est de plus en plus convaincu d’un risque proche de guerre internationale, et de toute façon de la nécessité de « penser internationalement » les problèmes.

Il lui faut donc donner de la force au mouvement ouvrier français pour qu’il puisse parler au sein de l’Internationale et prendre des initiatives, engager une action forte pour la paix. De son côté, Guesde estime à coup sûr que les conditions objectives ne peuvent que confirmer sa stratégie : parti de classe, le Parti socialiste entraînera avec lui les individualités et préparera la transformation révolutionnaire qui suppose auparavant organisation, propagande et travail de masse, notamment par la conquête des municipalités.

Les débuts de l’unité sont difficiles. Les méfiances, les divergences demeurent. Le nouveau parti doit compter moins de trente mille adhérents et ne pas peser plus de 8 % des suffrages. L’unité est peut-être un combat, mais aussi un chemin… À Paris et dans de nombreuses villes, elle est aidée par un soutien très large à la cause des révolutionnaires russes de 1905 qui se battent contre le tsarisme. Dans le Midi, l’unité se fait aussi autour de la lutte des vignerons et leurs premières coopératives, comme à Maraussan dans l’Hérault… C’est bien progressivement que se construit l’unité. 

La politique selon Jaurès. « Voilà comment, dans la vie de l’organisme socialiste, c’est-à-dire de la classe ouvrière constituée à l’état de parti, il y a nécessairement une double force de concentration et d’expansion, un double rythme de contraction et de détente, analogue à la systole et à la diastole du cœur, c’est-à-dire une double politique d’exclusivisme de classe 
et d’action démocratique, mais celle-ci, dominée toujours par la vigueur interne de la pensée communiste. Politique complexe à coup sûr, politique difficile et vaste qui exige du prolétariat, non pas un sec automatisme 
de pensée, mais une grande richesse de facultés diverses et harmonieuses : 
une politique au fond, 
et qui n’est ni équivoque 
ni hybride. »

Jean Jaurès, 
« Tout le socialisme », l’Humanité, 28 avril 1905.

Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes., L'Humanité

Repères 

1871 Le mouvement socialiste est durement réprimé. 
1878 Création de la Fédération du Parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF). 
1880 La désunion s’installe. 
1882 Cinq partis représentant cinq grandes tendances sont créés. 
1902 Regroupement autour de deux partis : le Parti socialiste français (Jaurès) et le Parti socialiste de France (Guesde). 
1904 Au congrès d’Amsterdam, l’internationale se prononce contre la participation aux gouvernements bourgeois.

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09:32 Publié dans L'Humanité, Politique, Révolution | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, ps, naissance, jaurès | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

17/05/2015

«Transition» espagnole: assez de bourrage de crâne!

FrancoHitler.jpgQu’appelle-t-on « transition » en Espagne ? En général la période qui va de la mort de Franco (20 novembre 1975) aux élections « démocratiques » gagnées (majorité absolue) par le PSOE, conduisant à l’alternance politique du 28 octobre 1982 ; un PSOE peu présent dans l’anti-franquisme, « dé-marxisé » en 1978 par Felipe Gonzalez pour être plus « présentable », et ramasser la mise. Cette définition de la « transition » est contestable.

Le seul et premier référent démocratique reste la Seconde République de 1931, même si la République a été consensuellement sacrifiée sur l’autel du rétablissement de « la démocratie » ; une démocratie par ailleurs bancale, incomplète, une Constitution non laïque, prônant l’économie de marché, un roi chef d’Etat et d’une armée garante de « l’unité de l’Espagne », une loi électorale profondément injuste favorisant le bipartisme « libéral », et une monarchie illégitime (pas de consultation référendaire du peuple espagnol). Par ailleurs, la monarchie est par définition non démocratique, vu que le pouvoir n’y émane pas du peuple des « citoyens ».

Par conséquent, la véritable « transition » reste, selon nous, à mener à bien.

Aujourd’hui, tout le modèle politique que les « transitionnalistes » nous ont tant et tant vanté, la monarchie prétendument « immaculée », la « transition », ce paradigme exportable que supposément le monde entier enviait, apparaissent obsolètes, en décalage total avec les profondes mutations d’une Espagne plurinationale, et d’une société qui veut sortir de l’étouffoir post et néo-franquiste.

Pour comprendre la situation de crise structurelle, globale, que vit cette Espagne aujourd’hui, ainsi que le moment actuel d’accélération de l’histoire, le jaillissement inédit de « Podemos », il faut partir de cette « transition », de ce mythe qui se décompose, et la-le « déverrouiller » définitivement, en finir avec le bourrage de crâne d’une « démocratie exemplaire », « octroyée »... Les uns et les autres, franquistes « d’ouverture » (« Alliance Populaire », « Centre Démocratique et social »), gauche modérée (PSOE) et communiste (PCE), majoritairement « carrilliste », ont voulu faire de la « transition » un récit fondateur, identitaire, « modélique » ; or nous sommes loin de la réalité.

C’est parce que la « transition » reste une « histoire du présent » que le moment exige de remettre en cause toutes les mythifications, les mystifications, sur cette période déterminante de l’histoire espagnole. Ce sont en fait les classes dominantes franquistes, la finance, qui ont fait la « transition », et qui se sont par ailleurs très vite démocratiquement recyclées dans la monarchie parlementaire, qui ont basculé sans aucun scrupule, à peine maquillées, du côté de la nouvelle donne « démocratique », voire « socialiste».

La principale critique que l’on doit porter à la « transition », c’est qu’elle n’a pas marqué de rupture de fond avec le franquisme, que l’Espagne n’a pas été véritablement défranquisée. Le poids des forces sociales et politiques les plus déterminées n’a pas été suffisant pour imposer une rupture pleinement démocratique avec la dictature.

espagne,franco,hitlerPeu à peu la politique des compromis a entraîné la démobilisation du peuple. C’est donc la politique des « pactes », le projet du système, celui porté par le « centriste » de l’UCD Adolfo Suarez, nommé le 3 juillet 1976 président du gouvernement, qui l’a emporté. Le secrétaire général du puissant PCE, Santiago Carrillo, et A Suarez, franquiste « modernisateur », « réformiste », dernier Secrétaire général du parti unique franquiste (le « Mouvement national ») et recyclé en démocrate UCD, restent les deux principales figures politiques qui ont ourdi l’essentiel de l’architecture de la « transition », avec l’accord global du roi Juan Carlos, héritier du dictateur.

Le PCE était le grand parti de l’anti-franquisme, le principal référent antifasciste. Lors de la Semaine sainte de 1977, le 9 avril, la direction du PCE, par la négociation, « imposa » pour les uns, « troqua » pour les autres, la légalisation du parti contre le renoncement à la République et à son drapeau... Le référendum constitutionnel du 6 décembre 1978 (87,8% de « oui ») paracheva un consensus contre-nature.

Dès lors, le PCE, déchiré entre courants opposés, inscrivit son action dans le cadre des pactes de « la transition », (Loi pour la Réforme politique approuvée par référendum le 15 décembre 1976...) et d’une monarchie « poutre maîtresse » du continuisme franquiste, des intérêts de l’oligarchie. Le PCE implosa et s’affaiblit considérablement...Il changea de cap tardivement mais radicalement, à son 18ième congrès, en 2009 ; il s’engagea dans une mutation difficile, considérant la « transition » « épuisée », l’analysant comme le rétablissement de la dynastie des Bourbons, et prônant désormais une Troisième République anticapitaliste, sociale, fédérale, répondant aux défis d’aujourd’hui, et notamment à la crise du « pacte territorial ».

REPOLITISER

Dans les années 1970, dans le cadre de fortes pressions internationales « occidentales », et d’un climat anxiogène de peur, réel, mais volontairement surévalué, toutes les grandes forces politiques espagnoles ont donc contribué à évacuer de la « transition » le contenu social de classe, à la dépolitiser. Qu’est-ce que le Pacte de la Moncloa (25 octobre 1977), signé par l’ensemble des grandes forces politiques et syndicales, soutenu par le PCE, sinon la volonté de modérer les revendications pour ne pas gêner le processus consensuel en cours, de mettre le pied sur le frein de l’activisme social ?

On sait aujourd’hui que la « transition » a été supervisée, au printemps 1977, par une alliance entre les Etats-Unis, la CIA (Vernon Walters, numéro deux de la centrale, H. Kissinger, déstabilisateur du Chili d’Allende) et la social-démocratie (W. Brandt, président de l’Internationale Socialiste, H. Smith, chancelier allemand). Pour Washington, il fallait ripoliner le franquisme afin de maintenir l’Espagne à tout prix sous contrôle « occidental » (l’Espagne adhéra à l’OTAN en décembre 1981). La « transition » ne fut pas aussi « pacifique » que certains historiens le prétendent encore (répression violente du 1er mai 1977, 5 ouvriers assassinés à Vitoria le 3 mars 1976).

Sans rupture donc, le franquisme social, idéologique, politique, économique, a continué (certes sans le dictateur), à survivre allègrement. La loi d’amnistie du 16 octobre 1977 (votée par tous à l’exception de la néo-franquiste « Alianza Popular » de Fraga Iribarme), amnistiait à la fois les bourreaux et leurs victimes, verrouillait (et verrouille encore, le juge Garzon s’y est cassé les dents) l’impunité du franquisme. Au nom de la « réconciliation » imposée, d’une imposture : la « responsabilité collective », au nom de l’effacement des responsabilités, elle renvoie en quelque sorte dos-à-dos franquistes et antifascistes. Elle ne solde pas véritablement les comptes du franquisme. L’article deux stipule : sont amnistiés « les délits commis par les fonctionnaires et agents de l’ordre public contre l’exercice des droits des personnes ».

Tout au long de la « transition », les classes dominantes ont garanti (et garantissent encore) le statut structurant, hégémonique, du « bloc oligarchique ». De plus, elles ont voulu « tirer un trait sur le passé », qui désormais refait surface. Elles ont imposé «le pacte de l’oubli ». L’oubli (en surface) résulte donc de stratégies politiques, d’un pacte entre deux « camps » très inégaux, et non d’une prétendue amnésie des Espagnols.

Il découle de tout cela que l’Espagne n’a pas fait de l’antifascisme un élément clé de son identité. Elle peut « s’enorgueillir » de posséder le seul parc thématique fasciste au monde : « le Valle de los Caídos », la « Vallée des Morts », à la gloire des « vainqueurs de la croisade », et dont la géante basilique-tombeau de Franco a été creusée dans la roche par des milliers de prisonniers politiques esclaves.

Ce parc national, entretenu aux frais des contribuables, rappelle que le soulèvement politico-militaire de juillet 1936 était bien une implacable contre-offensive de classe afin d’exterminer ces ouvriers des villes et de la campagne qui mirent en cause, par la République (très réformiste) proclamée le 14 avril 1931, et la victoire électorale du Front Populaire en février 1936, les intérêts des classes dominantes. Il leur fallait anéantir à tout jamais tout projet de justice sociale. Sans retour en arrière possible. C’est pourquoi le franquisme fut l’une des dictatures les plus longues et sanglantes de l’histoire contemporaine...et la « transition » un bricolage de classe.

Par Jean Ortiz, universitaire, article publié par l'Humanité

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