Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/09/2018

L'histoire vraie du "Cuba libre"

Cuba libre.jpg

Michel Taupin
Le Cuba Libre est né juste après la guerre entre les Etats-Unis et l'Espagne lors de la 2e Guerre d’Indépendance (1895 à 1898). Deux ans après la guerre, en 1900, un Capitaine et sa troupe de soldats américains se retrouvent dans un bar du Vieux Quartier de La Havane. Le capitaine avait commandé du rhum et du Coca-Cola (qui venait d'être importé à cuba) sur glace, avec un quartier de citron vert.

Cela éveilla la curiosité des soldats qui l'entouraient. Ils demandèrent au barman de leur servir ce même cocktail. Lorsque les soldats commandèrent une nouvelle tournée, un soldat suggéra de porter un toast "¡Por Cuba Libre!" (À Cuba libre !), pour fêter la libération de Cuba. Le capitaine leva son verre et prononça ce cri de guerre qui avait si bien su motiver les troupes durant la guerre d'Indépendance : Le Cuba Libre était né.

La recette fut gardée par quelques barmen mais ne connut un véritable succès que plus tard, pendant la prohibition aux USA entre 1919 et 1933. La fabrication, le transport, l'importation, l'exportation et la vente de boissons alcoolisées étaient prohibés. Cette loi anti-alcool fut un vecteur de croissance pour la mafia italo-américaine qui s'est rapidement aperçue que Cuba était un endroit stratégique pour faire entrer et exploiter de l'alcool aux USA et ce pour deux simples raisons : Cuba produisait du rhum et les côtes américaines n'étaient qu'à 200 km.

Le trafic de cuves de rhum commença, mais sur les ports américains il y avait souvent des contrôles par les autorités et le rhum était vite décelé, transformant certaines importations en fusillades. Les parrains mafieux avaient des ressources et ils entreprirent d'importer des cuves pleines de "Cuba Libre", coupant ainsi l'odeur et le goût du rhum, passant plus facilement les contrôles.

Dans les bars américains contrôlés par la mafia, on buvait donc beaucoup de "Cuba Libre", l'origine de la recette et même son nom y ont laissé des plumes car aussi bien la mafia que les consommateurs clandestins, inspirés par quelques Cocktails, aimaient jouer à des jeux de mots et raconter des blagues, jouant sur le fait que phonétiquement "Cuba libre" voulait aussi dire "cuve libre" en Cubain, narguant par la même occasion les autorités trompées sur les importations des cuves clandestines.

Le succès du "Cuba Libre" commença.

cuba libreRECETTE DE LA BOISSON

  1. Etape 1

    Réalisez la recette "Cuba libre" directement dans le verre.
  2. Etape 2

    Verser citron et rhum sur des glaçons. Compléter avec le coca cola. Remuer lentement.
  3. Etape 3

    Servir dans un verre de type "tumbler".
  4. Etape 4

    Décorer avec une tranche de citron vert.

Note de l'auteur

Très en vogue. Simple et prestigieux.

18:19 Publié dans Culture, Histoire insolite, Monde, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuba libre | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook |

22/01/2018

La République de Weimar révélée par ses peintres

weimar3.jpgJean-Jacques Régibier, Humanite.fr

Comment réagissent les artistes dans un pays confronté à la montée de la violence et à la misère, après avoir affronté la guerre la plus terrifiante de son histoire ? En 190 œuvres et 62 artistes, la Schirn Kunst Halle de Francfort démontre la prodigieuse vitalité de l’art en Allemagne sous la République de Weimar, juste avant la nuit noire du nazisme.

A peine 15 ans séparent les deux tragédies les plus terribles de l’histoire de l’Allemagne: la guerre de 14-18 et l’arrivée au pouvoir des nazis. Cette période est entièrement occupée par l’une des séquences historique les plus violemment contrastées de tout le XXème siècle, à laquelle les historiens ont donné le nom de République de Weimar : une alternance ininterrompue tensions sociales, politiques et économiques redoutables, accompagnées de tentatives révolutionnaires avortées, d’épisodes de guerre civile, dans un climat de révolte et d’humiliation, d’injustice et d’inégalités où l’espoir – pour emprunter l’expression de Maïakovski – est « un escargot rampant. » Sauf pour une poignée de profiteurs.
 
Ces évènements se déroulent dans un pays de très haute culture, qui compte un nombre impressionnant d’écrivains, de savants, de musiciens, de philosophes et de peintres, parmi les plus grands de toute l’Histoire. Entre 1919 et 1933, l’Allemagne n’assiste donc pas passive à son terrible destin. Elle se pense, et surtout elle se représente, spécialement dans les œuvres de ses peintres, qui vont réagir aux évènements dont il sont les témoins - et souvent les acteurs - « avec réalisme, franchise, ironie, colère, humour, allusion, retenue, ou mélancolie », explique Philipp Demandt, le directeur de la Schirn Kunst Halle.

« Le plus grand miracle, c’est la réalité. »

weimar2.jpgCe jugement du peintre Franz Radziwill, porté pour sa part vers l’onirisme et la magie, vaut pour toute la peinture de cette époque. Déjà Otto Dix, l’un des peintres majeur de la République de Weimar, combattant de la Grande Guerre dont il a peint toutes les horreurs avec détails sanguinolents et raffinement, avait adopté pour devise : « Crois en tes yeux. »
Car c’est bien ce monde tel qu’il est que vont s’acharner à représenter les peintres allemands de cette période, revenant de manière inattendue à la peinture figurative, au moment où les autres avant-garde d’Europe se sont engagées depuis longtemps dans des aventures artistiques - cubisme ou abstraction - pour lesquelles la référence à la réalité n’est plus qu’un lointain souvenir. Tout au contraire, chez les peintres de la République de Weimar, c’est bien la réalité qu’on peint, mais exclusivement cette réalité humaine qui se lit sur les visages et sur les corps - certains mutilés ou dégradés comme autant de marques de la barbarie de 14-18, ou de la misère, de la violence sociale ou de la prostitution qui lui ont succédé, ajoutant les siennes. Jamais aucun courant artistique n’aura été plus proche de la description de la société de son temps, de ses angoisses, de sa dureté, de ses tristes plaisirs et de ses perversions. C’est ce qui confère à toutes les œuvres exposées à Francfort leurs si fortes ressemblances.
 
Deux grands peintres dominent cette époque, aussi bien par leur puissance expressive et par la palette impressionnante des techniques qu’ils mettent en œuvre, que par leur productivité foisonnante: ce sont Otto Dix et George Grosz. Tous les deux ont en commun d’être issus du mouvement Dada qui continuera à marquer leur travail bien après la Grande Guerre, à laquelle ils ont tous les deux participé.

« Nous méprisions simplement tout, » expliquera George Grosz, « rien ne nous était sacré, nous crachions sur tout, et c’était dada. »

Weimar.jpgOtto Dix débute sa carrière au moment où apparaît l’expressionisme allemand dont on continue à lire l’influence - dans les déformations et la distorsion des traits – dans ses œuvres de la période de la République de Weimar. George Grosz, adepte des idées communistes, participera à l’insurrection spartakiste avant d’être contraint à l’exil.
 
Mais l’exposition de la Schirn Kunst Halle permet de découvrir aussi des dizaines d’autres peintres qui témoignent de la vitalité de la scène artistique allemande au moment même où le pays s’enfonce dans la misère et dans l’inconnu, installant une atmosphère d’incertitude qu’on lit dans l’inquiétante étrangeté des portraits de Karl Hubbuch, de Rudolf Bergander ou de Karl Völker, de Hans Christoph ou de Richard Ziegler. On découvre également l’importance qu’on eu pendant cette période les femmes peintres en Allemagne, comme Elfriede Lohse-Wächtler, Anna Nagel, Jeanne Mammen ou Hilde Rakebrand.
Un grand nombre des artistes de la République de Weimar seront persécutés, réduits au silence sous le nazisme, et presque tous estampillés «  artistes dégénérés » - Otto Dix « était tout en haut de la liste, » explique la chercheuse Gitta Ho.
 
Raison de plus pour s’intéresser de très près à ce moment exceptionnel de l’art du XXème siècle, apparu comme une puissante réaction de contestation face à une situation de crise majeure, sur fond de montée des intolérances et du racisme. Le public nombreux qui se presse à l’exposition de la Schirn Kunst Halle, semble prouver, par sa présence et ses commentaires, qu’il y a là une leçon qu’on aurait tort d’oublier.
 

27/06/2017

Essai. Musique au cœur de l’histoire des États-Unis

musique USA.jpg

Aliocha Wald Lasowski Philosophe - L'Humanité

Les Indiens d’Amérique et leur musique - Frances Densmore - Traduit de l’anglais par Julien Besse, Éditions Allia, 176 pages, 12 euros
Motown Adam White Traduit de l’anglais par Christian Gauffre, Éditions Textuel, 400 pages, 59 euros
Deux ouvrages : l’un soulignant l’importance des chants chez les peuples indiens, l’autre revenant sur l’aventure de Motown Records et de la lutte à Detroit pour les droits civiques.

Les Indiens d’Amérique et leur musique

Frances Densmore

Traduit de l’anglais par Julien Besse, Éditions Allia, 176 pages, 12 euros

Comment mesurer la puissance de la musique ? Jusqu’où un chant de résistance, de révolte ou de liberté, peut-il conduire ceux qui l’entonnent ? De quelle manière, motrice et affective, la musique mobilise-t-elle des collectivités, engagées dans le soulèvement ou l’émancipation ? Pour répondre à ces questions, plongeons-nous au cœur de l’histoire, souvent violente, de l’Amérique.

C’est le massacre de Wounded Knee. Au lever du jour, le 29 décembre 1890, sur le sommet d’une colline du Dakota du Sud, les familles de 350 Sioux, affamés et sans armes, sont massacrés par le Septième régiment de cavalerie. Aucun survivant. Les femmes et les enfants ne sont pas épargnés. Cette folie barbare n’est pas oubliée aujourd’hui par les militants de l’American Indian Movement, qui, en hommage aux victimes, organisent des veillées musicales et reprennent les chants de leurs ancêtres.

Pour connaître le lien entre le chant des tribus indiennes et leur organisation sociale et politique, l’ethnomusicologue Frances Densmore, pianiste et organiste d’église, étudie leur musique à partir de 1893, trois ans après le massacre de Wounded Knee. Transcrivant d’abord à l’oreille les chansons des Sioux, Densmore les rencontre, munie d’un phonographe, et enregistre mille cinq cents chansons, auprès des Navajos, Iroquois, Creeks, Comanches ou Cheyennes. Son récit Les Indiens d’Amérique et leur musique analyse ces chants, appelés « langue des rêves ».

Issue d’une expérience mystique, la musique vocale ou instrumentale, symbolisée par un dessin sur des rouleaux d’écorce de bouleau, accompagne danses et fêtes, annonce la guérison ou la guerre, comme le chant pawnee de gratitude de la cérémonie Hako. « Les détails de la coutume du rêve ou du pouvoir de la chanson varient selon les tribus », conclut Desmore, qui insiste sur le rôle politique des mélodies. N’en est-il pas de même, dans un autre contexte, pour la musique noire américaine, confrontée à la ségrégation raciale aux Etats-Unis ?

Ce sont les émeutes de Detroit, en juillet 1967. Une semaine de troubles civils déclenchés par une descente de police, près du lieu où les musiciens de Motown Records, fondés en 1959 par Berry Gordy, se retrouvent souvent pour jouer. Dans la ville où le label de musique fait découvrir au monde le son nouveau d’une autre Amérique, celle des lois de 1964 et 1965 pour les droits civiques et le droit de vote, l’intervention de la police, de la Garde nationale et des troupes de l’armée américaine fait 43 morts, 1200 blessés et plus de 7000 arrestations. Chaos urbain. Quartiers détruits, Détroit symbolise la lutte contre la ségrégation, explique Adam White, journaliste et producteur, en ouverture de Motown, qu’il consacre aux luttes menées par d’extraordinaires artistes et musiciens à qui ce label a donnés sa chance, dream team musicale, panthéon de créateurs géniaux : Marvin Gaye, Stevie Wonder, Smokey Robinson, Diana Ross ou encore les Jackson Five. Motown est l’histoire d’une ascension fantastique, celle d’une des plus originales « usines à tubes » de l’histoire de la musique populaire américaine, passerelle culturelle entre Noirs et Blancs, où la conscience politique n’est jamais loin.

Deux mois après le célèbre discours « I have a dream », discours culminant de la marche pour la paix et la liberté de 200 000 personnes à Washington, Motown sort un album qui reprend le discours de Martin Luther King, accompagné de chansons et d’hymnes des marcheurs, comme We shall Overcome, interprété par Liz Lands.