19/12/2013
Le vrai visage de Robespierre
Par Guillaume Mazeau, historien, Institut d’Histoire de la Révolution française, membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire.
"Il n’en finit pas de faire le buzz. Un peu plus de deux ans après la mise en vente de manuscrits inédits de Robespierre, des spécialistes de la reconstruction faciale en 3D viennent d’annoncer avoir reconstitué le «vrai visage» de celui qui, dans la mémoire nationale, incarne toujours le sanglant dictateur de la «Terreur». Massivement diffusé depuis quelques jours à l’occasion d’une grande opération médiatique, le visage numérique s’offre au regard des Français, invités à enfin juger par eux-mêmes, d’un coup d’œil, de la «vraie nature» de l’Incorruptible. En théorie parée de toutes les garanties scientifiques, l’équipe de Philippe Froesch, déjà responsable de la reconstruction du visage d’Henri IV, inspire spontanément confiance et laisse croire qu’il est possible, grâce à la technique numérique la plus pointue, d’accéder à une réalité du passé jusqu’ici cachée.
Authenticité mise en cause
Pourtant, de nombreuses raisons nous incitent à garder la tête froide devant cette « découverte scientifique ». Ce visage a été reconstitué à partir d'une copie d’un masque mortuaire moulé par madame Tussaud, dont l’authenticité a depuis longtemps été mise en cause ou rejetée. A la fin du 18e siècle, les vrais, les copies et les faux moulages pullulaient d’ailleurs dans toute l’Europe tant ils étaient une source de profit, jusqu’à se confondre, rendant leur authentification aujourd’hui extrêmement difficile. D’autre part, le visage ici dévoilé est bien surprenant : ni l’épaisseur des traits, ni la largeur de l’ossature, ni la profondeur des marques de la petite vérole ne correspondent avec l’extrême majorité des dizaines de descriptions, de dessins, de gravures, de peintures ou de sculptures dont nous disposons depuis très longtemps et qui évoquent, au contraire, un visage plutôt longiligne voire anguleux et légèrement ponctué de trous. De ce point de vue ce visage en 3D, décrit avec horreur dans les commentaires laissés sur internet, s'inscrit clairement dans une iconographie monstrueuse de Robespierre.
Fantasme
Ainsi, malgré le battage médiatique, l’intérêt historique de cette modélisation numérique a toutes les chances d’être bien faible… sauf si l’on s’intéresse aux fantasmes que cette figure continue d’inspirer: «Lorsque j'ai ouvert les yeux de Robespierre, son regard était glaçant, inquiétant. Pas de doutes cet homme faisait peur », explique Philippe Froesch dans Le Parisien du 13 décembre. On ne saurait mieux avouer que des procédés de moulage de la fin du 18e siècle à la biométrie actuelle, les techniques les plus sophistiquées des époques successives restent discrètement et puissamment guidées par les imaginaires politiques et sociaux que charrient les individus qui les utilisent. C’est d’ailleurs ici que se situe probablement le plus grand intérêt de cette vraie fausse découverte : montrer à quel point, plus de deux siècles après sa mort, la figure de Robespierre reste une source d’erreurs historiques et de fantasmes négatifs dans l'imaginaire collectif.
- A consulter:
Le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire
- A lire aussi:
Guillaume Mazeau « Discréditer la Révolution sert à écarter des politiques égalitaires »
17:36 Publié dans Actualité, Révolution, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : robespierre, visage, histoire |
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11/11/2013
GUERRE 1914 - 1918 : LES PREMIERS CHARS !
La première guerre mondiale de par sa dimension mondiale a apporté tout un lot de " progrès" en matière d'armement.
L'avion fut sans nul doute le premier outil qui montra son utilité et cela dès le début de la guerre. C'est grâce aux observations des aviateurs que la bataille de la Marne eut lieu en septembre 1914. avec l'enlisement de la guerre, les scientifiques et les combattants rivalisèrent d'ingéniosité pour inventer.
En passant par le casque d'acier, la modification de l'uniforme, les gaz, les plaques de blindage, l'artillerie de tranchée et le canon à longue portée…. Parmi toutes les inventions nées de la guerre des tranchées, la création d'engins blindés, armés et capables de franchir des obstacles chez l'envahisseur, fut une des plus importantes.
Certes l'idée de se mouvoir chez l'ennemi n'était pas nouvelle, mais la création et la mise en pratique d'unités de blindés destinées à combattre au côté de l'infanterie au point de lui devenir indispensable, était une vraie nouveauté.
En France, le général Estienne fut le premier dès le début de la guerre à le comprendre et à solliciter les autorités militaires pour la création de la nouvelle arme. Les britanniques le comprirent rapidement eux aussi. Dès 1915, ils créent un prototype de char surnommé " little willie " qui ne sera pas utilisé. Ils seront également les premiers en 1916 à engager des chars de type " mark " sur le champ de bataille.
La guerre éclatant, et en quelques semaines, l'armée française perd plusieurs centaines de milliers d'hommes. Estienne est effaré devant un tel massacre. Dès le mois de septembre 1914 en pleine retraite vers Paris, longeant un chemin boueux en tenant son cheval par la bride, il déclare à ses camarades : " celui qui le premier, pourra faire rouler là-dessus des cuirassés, armés et équipés, aura gagné la guerre ".
Au début de l'hiver 1915 dans la somme, il aperçoit un engin de terrassement anglais monté sur chenilles. Aussitôt, son idée d'engin blindé refait surface.
Convoqué par le général JOFFRE (commandant en chef des forces françaises) à Chantilly en décembre 1914, il y expose ses thèses, celles-ci sont acceptées.
Peu-après il rentre en contact avec des industriels dont ceux de Schneider du Creusot. Ils se laissent convaincre et accepte de construire le char " SCHNEIDER ".
Parallèlement et en concurrence avec ceux-ci, les Forges et aciéries de la Marine à St Chamond travaille sur un autre type de char, celui-ci se nommera " ST CHAMOND ". A partir d'octobre 1916 sortiront les premiers engins.
Les essais eurent lieu au camp de Champlieu dans l'Oise célèbre auparavant par des ruines gallo-romaines. L'endroit est propice à ces mouvements car la forêt de Compiègne, naissante en cet endroit, est un camouflage idéal.
Les premiers combats se déroulèrent dans l'Aisne en avril 1917, sur le trop fameux Chemin des dames, une grosse partie des engins ne revinrent jamais de cette aventure, suivant le sort des pauvres fantassins dans ces lieux tragiques. D'autres actions suivirent, souvent les chars tombaient en panne ou étaient détruits par l'artillerie allemande. Il fallut l'intervention des petits chars Renault plus fiables et rapides pour décider du sort de la guerre favorable aux alliés. Mais ceci est une autre histoire.
Pour toute information complémentaire le livre " les chars de la victoire " est disponible chez l'auteur au prix de 20 € : Bruno JURKIEWICZ, 2 rue des pastoureaux, 60600 Clermont de l'Oise.

11:24 Publié dans Guerre, Photos, Première guerre mondiale, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chars, guerre, 1914-1918, armements |
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03/11/2013
Claude Bernard, philosophe et médecin malgré lui
Il rêvait de devenir auteur dramatique, il devint médecin. Claude Bernard, né il y a deux siècles, passionné de poisons et d’expérimentations, a révolutionné la médecine. Il est le père de la méthode expérimentale Oheric : observation, hypothèse, expérimentation, résultat, interprétation, conclusion.
L ’année 2013 marque le bicentenaire de la naissance de Claude Bernard. Du grand physiologiste, né le 12 juillet 1813, le nom est à chacun familier. Il a été donné à de nombreux hôpitaux, rues, écoles, facultés… Pourtant, beaucoup ignorent son œuvre. Voici donc l’occasion de rafraîchir nos mémoires. Scientifiques et philosophes se mobilisent pour tirer de l’oubli l’auteur de l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Partout en France, et tout particulièrement à Lyon, où il a travaillé, et dans son village natal de Saint-Julien (Rhône), dans le Beaujolais, cet automne les vendanges s’annoncent sur ce plan particulièrement riches.
Mais qui était Claude Bernard ?
Le 10 février 1878, lors des funérailles nationales de Claude Bernard, 4 000 personnes suivent sa dépouille jusqu’au prestigieux cimetière du Père-Lachaise. Quelle consécration posthume pour ce fils de modestes viticulteurs dont les découvertes ont arraché la biologie au Moyen Âge !
Académicien, professeur à la Sorbonne et au Collège de France, mondialement connu, il est resté toute sa vie attaché à son Beaujolais natal. À Saint-Julien, en 1860, il acquiert le manoir jouxtant la maison familiale, siège du beau musée qui lui est aujourd’hui dédié. Mais avant d’en arriver là, le jeune Claude Bernard, peu motivé par ses études chez les jésuites, et recalé au bachot, est apprenti pharmacien à Vaise (Lyon).
Il y vend la fameuse thériaque, potion miraculeuse concoctée par Galien au IIe siècle et combinant soixante-dix ingrédients : plantes rares, opium et venin de vipère. Cette panacée sert surtout à enrichir M. Millet, l’apothicaire. Disciple de Descartes, le jeune apprenti ose manifester des doutes sur la pharmacothérapie en vigueur à son époque.
Dans la soupente du père Millet, Claude Bernard se rêve auteur dramatique. Sa comédie Rose du Rhône ayant eu quelque succès à Lyon, et son patron l’ayant licencié, il « monte à Paris » avec, en poche, une tragédie en cinq actes, Arthur de Bretagne. Hélas, il se heurte au critique Saint-Marc Girardin, qui lui conseille la médecine. Bon conseil, puisque dès sa rencontre avec Magendie, véritable coup de foudre intellectuel, le « médecin malgré lui » va révéler son génie !
« As du bistouri », et docteur en médecine en 1843, Claude Bernard choisit la recherche et pratique l’expérimentation sur le vivant. Afin de pouvoir poursuivre ses recherches, il accepte un mariage arrangé avec Fanny Martin, fille unique d’un médecin fortuné. Ce mariage va tourner au cauchemar : sa femme, cofondatrice de la SPA, l’accable de reproches, dénonçant partout l’usage de la vivisection. En outre, les deux garçons du couple mourront en bas âge, tandis que les deux filles sont dressées contre leur père. Le couple se sépare après des années de déchirements.
Cependant, le chercheur vole de découverte en découverte ! Les trois domaines où il s’est illustré de la manière la plus novatrice sont le mode d’action des poisons, et notamment du curare, la notion de milieu intérieur et la fonction glycogénique du foie.
Claude Bernard s’est toute sa vie passionné pour les poisons, et notamment pour le curare. On lui doit la précieuse découverte de ses pouvoirs anesthésiants. Le concept de milieu intérieur prépare la découverte de l’homéostasie, ce pouvoir de l’organisme de maintenir – en maintes occasions – son propre équilibre.
Quant à la fonction glycogénique du foie, elle désigne le fait que le foie « fabrique » du sucre, en fait le synthétise, au lieu de simplement le stocker. Jusqu’à Claude Bernard et à sa spectaculaire expérience du « foie lavé », la théorie régnante était celle de Lavoisier, selon laquelle seuls les végétaux fabriquaient du sucre, les animaux, dont l’homme, jouant les parasites. Ce sucre ensuite était stocké dans l’organisme, en particulier dans le foie, les poumons « brûlant » le sucre en excès. Le diabète était vu comme une maladie pulmonaire, les poumons échouant à exercer cette élimination.
Un petit fait expérimental, la présence de glycogène après lavage du foie prélevé sur un chien, va ruiner la belle théorie. Claude Bernard proclame : « Quand le fait que l’on rencontre ne s’accorde pas avec une théorie, il faut accepter le fait et abandonner la théorie. » Ses travaux font faire un pas de géant à la compréhension du diabète, même s’il reconnaît n’en avoir trouvé ni la cause ni le remède. C’est grâce à ses travaux que, onze ans après sa mort, des chercheurs allemands découvriront le rôle du pancréas et le remède au diabète : l’insuline.
Philosophe, continuateur de Descartes, Claude Bernard reste aussi, et peut-être surtout, le fondateur de la méthode expérimentale Oheric (observation, hypothèse, expérimentation, résultat, interprétation, conclusion), qui, selon François Dagognet, « n’a perdu ni son feu ni même sa validité ».
L’actualité du bicentenaire
- Pour connaître de façon plus complète la vie et l’œuvre de Claude Bernard, on pourra lire avec profit le petit livre très vivant Je suis… Claude Bernard, d’Odile Nguyen-Schoendorff (préface de François Dagognet, illustrations de Max Schoendorff, photographies d’Yves Neyrolles), 10 euros, chez Jacques André éditeur, 5, rue Bugeaud, 69006 Lyon.
- La visite du musée Claude Bernard à Saint-Julien (Rhône) est toujours d’actualité.
Odile Nguyen-Schoendorff, professeure de philosophie pour l'Humanité
19:44 Publié dans Biographie, Sciences, Sciences, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, hôpital, lyon, maladie, medecins, claude bernard, françois dagognet |
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