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08/01/2014

Maurice Audin exécuté sur ordre du général Massu

guerre d’algérie tortures,guerre d'algérie,maurice audin,colonialisme,guerres coloniales,général aussaresses,paul aussaresses,général massuDans La vérité sur la mort de Maurice Audin, à paraître ce jeudi, le journaliste Jean-Charles Deniau affirme que le militant communiste a été exécuté sur ordre du général Massu et avec l'assentiment du pouvoir politique de l'époque.

"Ce n'est pas une bavure. c'est un crime d'Etat",a affirmé ce mercredi matin l'auteur du livre sur France Inter. Le journaliste et réalisateur fait paraître ce jeudi La Vérité sur la mort de Maurice Audin (éditions de l'Equateur) dans lequel il retrace les derniers moments du jeune mathématicien arrêté par l'armée française le 11 juin 1957 et officiellement "porté disparu" depuis.

Dessin : Maurice Audin, par Mustapha Boutadjine, Paris 1996, Graphisme-collage, Extrait de «Partisans», Collection de Mme Josette Audin 

Se fondant sur les témoignages du général Aussaresses, recueilli juste avant la mort de celui qui avait avoué la torture durant la guerre d'Algérie, ainsi que d'un de ses sous-officiers, Jean-Charles Deniau explique que le général Massu a donné l'ordre à ses hommes d'exécuter Maurice Audin. Celui-ci a été emmené dans les environs d'Alger, poignardé et enterré là.

Protéger Massu

"On pense que ce soir là, les gens qui ont exécuté Audin n'ont pas creusé une fausse. Ils sont allés là où en existait déjà une", estime l'auteur des révélations. "Les autorités algériennes devraient faire une enquête pour retrouver les lieux. Avec les témoignages dans le livre, nous avons pu définir un pour-tour où Audin a été enterré." L'auteur du livre donne du crédit aux dires du tortionnaire en chef Aussaresse. "Ca a été très difficile de le faire parler", raconte-t-il toujours sur France Inter. Dans un premier temps, "il a préféré dire que c'est lui qui l'a fait", afin de protéger le général Massu. "La facilité pour lui aurait été de s'en tenir à la thèse officielle (évasion puis disparition ou mort durant une sénace de torture, ndlr)."

Reconnaissance de la France

"Dès la mort de Audin, le couvercle s'est abattu sur l'histoire et Massu, qui était à la tête de l'équipe, a fait en sorte que rien ne sorte. Et le scénario de la disparition et de l'évasion a été monté immédiatement et a tenu depuis", résume Jean-Charles Deniau.

Interrogée par France Inter, Josette Audin, veuve de Maurice, a mis en doute la validité des confessions posthumes d'Aussaresses. "Il a passé sa vie à mentir quand il ne la passait pas à tuer des Algériens. Comment croire, dans ces conditions qu’il a pu dire la vérité? Selon moi, ces gens ne sont pas crédibles (…) C’est bien que le général ait dit sa vérité mais c’est seulement sa vérité. Ce n’est pas forcément la vérité. Cette vérité, la saura-t-on un jour? Je suis sceptique à ce sujet."

A lire: les crimes si longtemps cachés du général Aussaresses

Josette Audin a surtout appelé la France à reconnaître ses actes de torture lors de la guerre d'Algérie. Une reconnaissance etune condamnation que François Hollande, en voyage officiel en décembre 2012, n'avait pas totalement accompli.

SG pour l'Humanité

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Josette Audin: Hollande a dit "le minimum du minimum"

Josette Audin raconte Maurice Audin.
Jean-Charles Deniau : "La mort de Maurice Audin... par franceinter

 

02/01/2014

Républicain espagnol et communiste, Virgilio Peña a cent ans aujourd'hui...

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Chronique de Jean Ortiz. Humble ouvrier agricole andalou, Virgilio est devenu un "héros" malgré lui, une "estrella" (une star) dit-il en pouffant de rire, grâce à son épopée et au documentaire Rouge miroir (Dominique Gautier et Jean Ortiz). La télé publique andalouse l'a programmé à plusieurs reprises. Le centenaire a une allure, un humour, une verve, une mémoire de jeune homme. Et des idéaux intacts."Toute ma vie j'ai été communiste. Et j'en suis fier."

Virgilio est né le deux janvier 1914, d'un père ouvrier agricole et d'une mère vendeuse de "churros", dans un village emblématique de la province de Cordoba: "Espejo" (en français: "miroir", cela ne s'invente pas), village à la blancheur rebelle, inondé d'oliviers et dominé par le château de la duchesse.
Son père, autodidacte, l'appela Virgile, du nom du poète latin qu'il lisait le soir, couché sur la paille. Lors du soulèvement paysan de 1918, la garde civile le tabassera jusqu'à le laisser "estropié". Il en mourra. Les reîtres bruleront ses livres (Virgile, Hugo...) sur la place du village.
Très jeune, Virgilio Peña (en espagnol, la "peña", c'est le rocher, cela ne s'invente pas non plus) adhère à la Jeunesse communiste, qui prône "la revolucion social".

Lorsque le 14 avril 1931 est proclamée en Espagne la République, le jeune ouvrier agricole ("jornalero") hisse le drapeau républicain au balcon municipal, "paseo de las Calleras". La République puis le Front populaire améliorent la vie, les conditions, jusque là esclaves, de travail des millions de "sans terre de l'époque". Même si la réforme agraire reste timide...Timide mais insupportable pour les grands propriétaires, les "caciques", l'oligarchie, l'Eglise, l'armée, la banque...

Lorsque le coup de force fascisant (le 18 juillet 1936) ensanglante le pays, le milicien Virgilio participe à la défense de son village andalou, puis rejoint le "bataillon Garcés". Il est aux premières lignes des combats acharnés de Pozoblanco, Villa del Rio, Lopera... L'intervention massive de Hitler et Mussolini, et l'hostilité antirépublicaine des gouvernements anglais et français, vinrent à bout de l'armée populaire.
La suite est connue. Internement honteux dans les camps, appelés "de concentration", du gouvernement Daladier et de la Troisième République: Barcarès et Saint-Cyprien.

En vidéo : un extrait de Rouge miroir de Dominique Gautier et Jean Ortiz

Envoyé à Bordeaux, Virgilio trime dans les vignobles puis à la construction de la "base sous-marine" allemande. Dès le début de 1942, il fait partie des premiers groupes de résistants. Le 19 mars 1943, il est arrêté et torturé par la police française puis livré aux nazis, qui le déportent en septembre 1943 à Buchenwald (matricule 40843), triangle rouge des "terroristes". Dans cet enfer, il organise la résistance du petit groupe d'Espagnols, et partage le même Block que Jorge Semprun. "Le 11 avril 1945, je suis né pour la deuxième fois. La résistance intérieure libère le camp, avant l'arrivée des Américains". Il en sort, la peau sur les os, en juin 1945, et rejoint Pau où il continue le combat antifranquiste avec ces camarades espagnols et français.

A cent ans, le jeune communiste Virgilio ne manque aucune manif, toujours un bon mot de "chispa" andalouse aux lèvres. Il y a des hommes "imprescindibles" (indispensables).

Publié par l'Humanité

28/12/2013

Fabre d'Églantine, blanc mouton

1fabre eglantine,calendrier,révolution française750- 1794 . Philippe-François-Nazaire Fabre, plus connu sous le pseudonyme de Fabre d'Églantine, est un acteur, dramaturge, poète et homme politique français né le 29 juillet 1750 à Carcassonne et guillotiné à Paris le 5 avril 1794. Il avait voté la mort de Louis XVI. Fils d'un avocat au Parlement de Toulouse, Fabre d'Églantine, passionné par la poésie, obtient un lys d'argent pour un Sonnet à la vierge présenté aux jeux floraux de Toulouse.

«Il pleut, il pleut, bergère, presse tes blancs moutons. Allons sous ma chaumière, bergère, vite, allons. » C'est lui ! Georges Brassens n'a finalement presque rien inventé. Fabre d'Églantine avait fait la moitié du chemin pour ce qui est de tirer parti de l'orage. À ceci près que la chute de sa chanson, extraite d'un opéra-comique joué pour la première fois en 1780, consistait en une très sage demande en mariage auprès du père.

On ne saurait manier l'ironie à propos d'un dramaturge dont l'une des plus hautes fonctions a été d'occuper, en 1785, le poste de directeur du théâtre d'Avignon, lequel n'était pas encore aussi prestigieux que de nos jours, mais il a sans doute fallu des fondations avant que ne se pointe le grand architecte Jean Vilar, si l'on peut dire. Mais il occupa, au même moment, les mêmes fonctions à Nîmes où les mauvaises langues disent qu'il ne laissa pas un souvenir impérissable, sans doute pressé de retourner faire valoir ses qualités à la capitale.

Plusieurs de ses pièces, en tout cas, recueillent un petit succès d'audience. Et son nom d'artiste, qui deviendra un nom de révolutionnaire type, commence à être un peu connu. Il le tire d'une récompense acquise à ce qu'il dit lors du concours de poésie des jeux Floraux de Toulouse. Fils d'un marchand drapier de Carcassonne, Philippe-François-Nazaire Fabre, pour ce qui est de son nom de baptême, parcourt la France à la Molière, et même un peu les Pays-Bas. Et dans une lettre de courtisan adressée à Turgot, il vante de Louis XVI « les moeurs et les vertus ».

Fin 1789, voyant la Révolution s'installer dans la durée, il rejoint le club des Cordeliers, sis dans son quartier, mais sans oublier le club des Jacobins. En 1790, il produit son oeuvre la plus connue, illustrant l'inspiration révolutionnaire : le Philinte de Molière ou la Suite du Misanthrope. Il y mène une critique en règle contre l'égoïsme.

Au mois d'août 1792, Danton devient ministre de la Justice, il engage la plume aux blancs moutons comme secrétaire, lui assurant de quoi assumer de façon plus tranquille son train de vie un peu dispendieux. Il publie un journal mural, Compte rendu au peuple souverain, dans lequel il contribue au climat de tension qui conduira aux massacres de septembre. Et devient député parisien à la Convention.

 Le plus clair de son activité se déroule dans les couloirs obscurs où il aime à jouer les intrigants - se doute-t-il que l'exercice est périlleux ? L'homme semble de surcroît peu regardant lorsqu'il s'agit de glaner un peu d'argent, se livrant à des spéculations. Il vote la mort du roi, mais, pour le reste, on ne saurait trop s'avancer pour définir sa ligne directrice. On le soupçonne d'ailleurs, d'avoir, en 1790, mis sur la table une somme de trois millions pour que les Jacobins défendent la monarchie.

La Convention le charge cependant de travailler avec le mathématicien Romme à la « confection du calendrier républicain ». En tant que poète, c'est à lui qu'il revient de proposer les mots nouveaux chargés de reléguer aux oubliettes ceux des temps passés.

fabre eglantine,calendrier,révolution françaiseDevant la Convention, il prononce donc le rapport instituant le changement. Heure de gloire pour Fabre d'Églantine. « La régénération du peuple français, l'établissement de la république ont entraîné nécessairement la réforme de l'ère vulgaire, commence l'orateur. Nous ne pouvions plus compter les années où les rois nous opprimaient, comme un temps où nous avions vécu. » Et de préciser : « Une longue habitude du calendrier grégorien a rempli la mémoire du peuple d'un nombre considérable d'images qu'il a longtemps révérées, et qui sont encore aujourd'hui la source de ses erreurs religieuses ; il est donc nécessaire de substituer à ces visions de l'ignorance les réalités de la raison, et au prestige sacerdotal la vérité de la nature. » Et d'égrener avec gourmandise les nouveaux mois républicains : vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor, fructidor.

Explication de l'auteur : « Les noms des mois qui composent l'automne ont un son grave et une mesure moyenne, ceux de l'hiver ont un son lourd et une mesure longue, ceux du printemps un son gai et une mesure brève, et ceux de l'été un son sonore et une mesure large. » Fallait-il s'en arrêter là ? Les décades remplacent la semaine, le primidi remplace le lundi... Et les cinq jours qui restent au final pour boucler une année (six pour les années bissextiles) seront nommés sanculottides.

En portrait de maître, sa chemise émerge d'un fier foulard blanc que l'on croirait sorti du Sahel, élégamment glissé sous une gabardine sombre. « Il coupe et fait lui-même ses habits de caractère, et sa garde-robe est magnifique », rapporte un observateur de théâtre.

Regard de chien battu, sourire un brin désabusé, il semble avoir épuisé sa part de rêve. Élu au Comité de sûreté générale, il est soupçonné d'avoir trempé dans le scandale de la Compagnie des Indes, qu'il finit par dénoncer avec la dernière vigueur.

Robespierre le honnit, détestant son influence sur Danton. Selon lui, il a « l'art de donner aux autres ses propres idées et ses propres sentiments à leur insu ». On l'accuse, blanc mouton, d'avoir falsifié un décret de la Convention relatif à la Compagnie des Indes. Il nie que ce fût son intention et répond : « surveillance aux intérêts de la nation ».

Le 17 germinal an II, puisque la vanité n'a pas tout à fait eu raison de lui, il fait partie de la charrette qui emmenait Danton, Desmoulins et quelques autres « indulgents » jusqu'aux marches de l'échafaud.

On a répété et amplifié beaucoup de propos tenus sous la contrainte du bourreau. Il se dit que Fabre d'Églantine se serait écrié : « Tu peux faire tomber ma tête, Fouquier, mais non pas mon Philinte. » Soit. Il se dit également que, se lamentant sur le trajet, de n'avoir pu achever la composition d'un poème, il se serait attiré une cinglante réplique de Danton, son mentor : « Ne t'inquiète donc pas, dans une semaine, des vers, tu en auras fait des milliers... » Deuxième quatrain du premier couplet : « J'entends sur le feuillage, l'eau qui tombe à grand bruit. Voici, voici l'orage, voilà l'éclair qui luit. »

Pierre Dharréville, l'Humanité